(Hier et encore aujourd’hui, j’ai passé une bonne partie de mon temps au 9, rue de la Condamine avec le sentiment que quelque chose m’échappait dans ce tableau. J’ai repris un à un la totalité des tableaux figurant au mur ou au sol de l’atelier de Bazille, lu et relu les notes très documentées de J.C Bourdais, cherché un grand nombre d’informations pour compléter mes lacunes sur ce peintre.
J’ai une étrange conviction au sujet de ce tableau : l’atelier de la Condamine est l’aveu d’un échec en peinture, ou, pour être moins catégorique, un tableau qui indique une certaine désillusion chez ce jeune peintre de 29 ans.
Bon, maintenant que j’ai lâché le morceau, il va falloir que je m’explique.)

Pour que le mur de gauche retrouve sa perspective normale (je veux dire convenue) il faut donc, si
mes souvenirs sont bons, aligner le point de fuite avec la hauteur du mur de gauche. Rien de plus simple !
En modifiant ainsi l'espace, comme sur l’image de droite (retouche sur la reproduction qu'on se rassure!), on peut se
rendre compte que l’exactitude spatiale n’aurait pas changé grand-chose à la composition d’ensemble, sauf peut-être un effet d’ouverture sur la gauche.
Connaissant l’exactitude du travail préparatoire de Bazille (esquisses et agrandissement au carreau) on peut donc, soit s’étonner de cette erreur, soit se dire que la restitution exacte de la pièce n’était pas une préoccupation du peintre.
Pourtant, si l’on examine (avec le même dispositif ) les deux autres ateliers, on se rend compte que ces fautes de perspective n’existent pas, pas plus d’ailleurs dans les autres tableaux (scène de famille, ou paysages).

Alors, qu’est ce à dire? Pourquoi cette faiblesse, ou plutôt pourquoi avoir dérogé à une loi spatiale qu’il
maîtrise parfaitement au risque de rendre cet espace bancal ? Vraie ou fausse maladresse?
Un autre élément confirme d’ailleurs ce point de fragilité. Il s’agit de
l’escalier. Non seulement sa perspective est totalement fausse (ce qui ne me dérange pas outre mesure), mais en plus, les proportions sont inversées (écart entre les deux limons plus large en bas
qu’en haut) quant aux marches, elles n’obéissent à aucune logique de régularité.
Outre son aspect bringuebalant (qui crée cette drôle de sensation que celui qui est installé sur les marches est
quasiment obligé de s’agripper à la rampe pour ne pas dégringoler : sacré ascension !), il faut noter que cette échelle de meunier a de fortes chances de déboucher sur un
palier.
Cherchant à retrouver l’appui maximum de la dernière marche, en tenant compte de la hauteur pour qu’une personne de
taille moyenne (donc pas Bazille!) ne se cogne au plafond, on se rend vite compte que la hauteur du palier (non représenté ici, fort heureusement !) aurait masqué une bonne partie du tableau.
Il est donc probable que cette contrainte spatiale réelle imposait de basculer le mur de gauche et de
tricher un peu sur la forme de l’escalier.
Ces jeux d'illusions ne pouvaient certes pas passer inaperçus et je suis convaincu que Bazille a cherché - notamment par l'occupation particulièrement chargée de ce mur - à masquer cette
fragilité.
Le petit tableau (non identifié) qui vient combler le vide entre l'escalier et le tableau dit "l'épervier", en est sans doute le signe le plus flagrant... (du moins peut-on imaginer que c'est ici
la raison de sa présence...)
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