Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 20:20

(Gustave Courbet)

 

1 - Une suite

Dans une étude sur Courbet publiée en 1911, Léonce Bénédite disait, à propos de Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie, tableau aujourd’hui disparu :

« le titre seul est en contradiction avec la haine de Courbet pour les sujets de la fable. Ses personnages se présentent dans un décor du plus pur Second Empire. « Ce sont, écrivait-il,  deux femmes nues grandes comme nature, peintes d’une façon que vous n’avez jamais vu de moi. ». La toile montre en effet une curieuse évolution du talent de l’artiste. A sa facture franche et un peu grosse, il a substitué, assez malheureusement, semble-t-il, des recherches de modelé clair et lisse, de dessin plus mince et plus écrit. Le tableau ne put être envoyé à temps au salon ; mais il figura cette même année 1864 à l’exposition de Bruxelles. Il fut acheté 18.000 francs par M. Lepel-Cointet, agent de change. Le perroquet dont la présence ne s’explique guère, a disparu dans la suite de cette toile, dont il existe une réplique. ».

 

La photogravure monochrome qui accompagne cette étude nous donne ainsi un aperçu du tableau, aussi connu sous le titre Le Réveil.


reveil2a-copie-1.jpg

Dans une lettre à Etienne Haro, le 3 mars 1864, Courbet avait pour sa part écrit que "le tableau représente deux femmes nues grandes comme nature. Le sujet est peu de chose, si l’on voulait mettre un titre ambitieux à ce tableau, ça pourrait être Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie. Ce que je vous dit là n’est que pour vous donner une idée de la composition du tableau car, jusqu’ici j’ai résolu de l’intituler Etude de Femmes dans le livret d’exposition."


Contrairement à ce qu'écrit L.Bénédite Vénus poursuivant Psyché, fut réalisé, envoyé et encadré à temps, mais les autorités du Salon de 1864  rejetèrent le tableau au motif « d’immoralité ». Courbet en fut très affecté. Considérant qu’il s’agissait là d’un verdict injuste, il déclarait : "...si ce tableau est immoral il faut fermer tous les musées d’Italie, de France et d’Espagne… ". Quelques que soient les « vraies » raisons qui firent que la toile fut absente du Salon de 1864, et malgré sa disparition supposée, en 1945, à Berlin, cette toile (ou plutôt la reproduction qui nous en reste1 reste riche d’enseignements pour l’intérêt que lui portait Courbet, mais aussi sur le processus d’élaboration, .


On aura relevé que les deux titres que l’histoire a finalement retenus (Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie, le Réveil) ne semblent pas, à priori, décrire (ou recouvrir) une même signification : l’un est véhément (menaçant), en référence à l’intrigue du mythe (en effet, Vénus, jalouse de la beauté de Psyché, lui infligea plusieurs épreuves…) tandis que l’autre renvoie à une situation plus évenementielle et plus triviale.


Bien que Courbet ne semble pas y attacher plus d’importance que cela et que pour sa part il n’évoque pas le terme de « Réveil », plusieurs questions se posent tout de même : on peut par exemple se demander, dans ce tableau, qui des deux femmes serait Vénus ou Psyché ?

 

Selon la tradition iconographique, Vénus est plutôt blonde, ce qui peut laisser penser que c’est elle qui est couchée. Si tel est le cas, en quoi donc la femme endormie (Vénus ?) peut-elle exercer une menace sur sa rivale ? Cependant, la couleur de la chevelure ne semble pas être ici un bon indicateur d’identification des personnages et il faudrait peut-être davantage s’attacher à la natte de la dormeuse, marque de juvénilité et de tempérance, qui laisserait alors à penser qu’il s’agit là de Psyché rendant plus vraisemblable le sens de la scène mais ne correspondant à aucun épisode du conte. Par ailleurs, l’oiseau de Vénus étant la colombe, la présence du perroquet blanc, tenu à bout de bras, au-dessus de la couche, par la femme brune, paraît incongru (si l’on s’en tient toujours aux personnages du mythe) car nulle part dans le récit d’Apulée ou celui de la Fontaine il n’est fait mention de cet animal, l’attribut de Psyché étant le papillon...


Bref, comme on peut s’en rendre compte dans la toile de Courbet, non seulement les éléments iconographiques ne sont pas forcément respectés, mais encore la situation semble inédite. Pourtant en relisant la version de Jean de la Fontaine, d'après le conte d'Apulée, on trouve vers la fin du récit un passage qui est sans doute à l'origine de l'inspiration de Courbet:


"Vénus, jetant les yeux sur Psyché, ne sentit pas tout le plaisir et la joie que sa jalousie lui avait promis. Un mouvement de compassion l'empêcha de jouir de sa vengeance et de la victoire qu'elle remportent ; si bien que, passant d'une extrémité en une autre, à la manière des femmes, elle se mit à pleurer, releva elle-même notre héroïne, puis l'embrassa : Je me rends, dit-elle, Psyché ; oubliez le mal que je vous ai fait. Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi, et vous faire une satisfaction assez grande que de vous recevoir pour ma fille, je veux bien que vous la soyez. Montrez-vous meilleure que Vénus, aussi bien que vous êtes déjà plus belle ; ne soyez pas si vindicative que je l'ai été, et allez changer d'habit. Toutefois, ajouta-t-elle, vous avez besoin de repos. Puis se tournant vers les Grâces : Mettez-la au bain qu'on a préparé pour moi, et faites-la reposer ensuite ; je l'irai voir en son lit.


La Déesse n'y manqua pas, et voulut que notre héroïne couchât avec elle cette nuit-là ; non pour l'ôter à son fils : mais on résolut de célébrer un nouvel hymen, et d'attendre que notre Belle eût repris son teint. Vénus consentit qu'il lui fût rendu ; même qu'un brevet de Déesse lui fût donné, si tout cela se pouvait obtenir de Jupiter." (Jean de la Fontaine,  "Les amours de Psyché et Cupidon", 1669)


[...]

 

Léonce Bénédite, rappelant le contexte de l’élaboration du tableau, précisait ceci : « En janvier 1864 (…) il avait entrepris, raconte-t-il, un autre « tableau épique…un sujet de ma façon ! ». C’était La source d’Hippocrène, "allusion à l’état de la poésie contemporaine, critique sérieuse d’ailleurs, quoique comique.". Mais quelqu’un creva la toile par mégarde, au moment où l’artiste était déjà las de sa nouvelle plaisanterie ; et c’est ainsi que les poètes, au Salon de 1864 échappèrent au sort qui avait déjà frappé les Curés. Pour mettre à profit le peu de temps qui lui restait avant l’exposition, l’artiste mis sans doute en goût par la figure de la Source, dans la toile dont nous venons de parler  […] revint à un de ses thèmes de prédilection, le nu féminin. Décidément en veine de littérature, il baptisa la toile : Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie. »


 

ensembleb-copie-1.jpg

 

Deux petites peintures (fig.1 et 2) présentent chacune l’une des deux figures de Vénus poursuivant Psyché (fig. 5). La première (fig.1), donnant à voir une femme blonde allongée, s’inspire en partie des poses des Venus ou des Nymphes couchées de la Renaissance ou de l’Epoque Classique. Plus particulièrement, c’est à un détail du Tableau Bacchus et Ariane de Sebastiano Ricci que l’on peut penser. On retrouvera d’ailleurs cette figure dans dans La femme au perroquet ,1865 et dans le Nu allongé, 1865 (fig.4)


courbet_ricci3.jpg

 

Dans la seconde (fig. 2), l’attitude de la femme brune, un genou en appui sur le bord de la couche, un bras levé soulevant un rideau est, sans aucun doute, celle de la composition du Réveil. L'attitude n’est pas sans évoquer celles des figures féminines de Rubens ou de Delacroix tandis que le visage se rapproche de plusieurs des portraits réalisés entre 1863 et 1865.


psychepvisage.jpg


Malgré le motif torsadé des colonnes du lit à baldaquin, qui figure dans ces deux études (fig.1 et 2) ainsi que dans le Réveil (fig.5), et encore dans La femme au perroquet, rien ne semble indiquer, de la part de Courbet, au moment de leur exécution, l’intention de faire de ces deux études une seule et même composition. Pourtant, si l’on y prête attention, on remarquera que Vénus poursuivant Psyché… (fig.5) est bel et bien agencé comme un collage : la figure brune venant « recouvrir » (tout en la découvrant), la figure blonde.


montage2.jpg

 

Concernant ces deux études, on peut donc faire au moins deux hypothèses : soit il s’agit d’études réalisées en vue de Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie (processus long pour un tableau de cette dimension décidé « en catastrophe », et réalisé dans un laps de temps très court – Courbet parle de 6 semaines), soit il s’agit d’une rencontre (sorte de télescopage dicté par l’urgence) comme il s’en produit parfois dans l’atelier, le motif du lit (et de sa "littérature" ?) aidant à rapprocher ces deux figures.

 

[...]

psyche-venus_balesmall.jpgGustave Courbet  Vénus et Psyché , 1865 /1866 - Kunstmuseum Berne

 

La « seconde » version de Vénus et Psyché (fig.3) - mais il s’agit peut-être, après tout, encore d’une étude préalable ?-, si elle reprend (ou si elle annonce) le motif du grand tableau disparu, comporte cependant des variantes importantes. Son mode de composition d’abord (l’espace étant plus resserré, les figures plus proches l’une de l’autre, presques imbriquées...) rendant la scène plus intimiste que la celle de la grande composition (qui est plus théâtrale), ainsi que quelques détails, telle la rose que la femme brune effeuille au-dessus du visage de celle qui est endormie. Là encore (et peut-être même davantage) la réunion des deux personnages semble presque artificiel.


rose.jpg


Du rideau levé de la première étude(fig.2), à la rose (fig.3), puis au perroquet (fig.5), il apparait que Courbet cherche certainement l’objet (l’accessoire) qu’il peut substituer à celui des compositions habituelles de Psyché, en s'écartant de l’iconographie convenue, tout en continuant à évoquer le désir (dévoiler le corps, déflorer le secret…). Mais en ce qui concerne les deux premiers motifs (rideau, rose), les références picturales antérieures ne manquent pas et seule « l’astuce » du perroquet semble pouvoir rompre avec le stéréotype et donc échapper pour partie au sujet mythologique.


Le glissement des deux femmes l’une vers l’autre, ainsi que cette variation du motif (rideau, fleur, perroquet) permettrait peut-être de reconstruire pour partie le cheminement de Courbet. Il semble évident que l’étude du nu couché (fig.1), même agrandie, ne pouvait correspondre à un sujet pour le Salon puisque l’on n’y proposait pas un simple nu, considéré longtemps comme trop « vulgaire » et sans originalité, mais une déesse ou une figure historique. Ce nu aurait pu au mieux devenir une Odalisque, mais le thème orientalisant n’était pas vraiment du goût de Courbet. Le fait qu’il s’agisse d’une femme sur un lit (et non d’une vue en extérieur) la rapproche donc davantage de l’iconographie de certaines Vénus que de celle des Bacchantes ou des Nymphes…Quoique!

 

dormeuse.jpg

Rembrandt Jupiter et Antiope, 1659 - Andrea Vaccario, Nymphe et satyre, 1604 - Charles Dupuis Respectez ce sommeil 18e

 

Il est probable, que la seconde étude (fig.2), celle de la femme soulevant le rideau, soit apparue alors pour compléter le dispositif de la femme endormie (fig.1). Courbet aurait pu choisir de représenter une figure masculine découvrant, derrière la tenture, une femme couchée, mais cela était sans doute trop classique et ne pouvait se faire (toujours en vue du Salon) que sous couvert d’un faune ou d’un dieu… Quadrature du cercle !

 

La solution du couple féminin, peut-être inspirée par le texte de la Fontaine avait donc l’avantage, sous couvert d’une référence mythologique, d’évoquer un sujet quelque peu tabou mais dont ses contemporains étaient friands : tant qu’à être considéré une fois de plus comme provocateur (cela avait été le cas pour Les demoiselles de bord de Seine), Courbet ne pouvait trouver de meilleure formule.

 

[…]

 

__

1 -  Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie fut reproduite au moins trois fois dans des ouvrages consacrés à l’artiste au début du XXe. Les archives en ligne publiées par Bildarchiv Foto Marburg gardent aussi la trace d’un cliché contenant les indications de sa dernière localisation, le tableau faisant partie de la collection de  Otto Gerstenberg.
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 20:09
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Gustave Courbet Portrait de Jo, 1866 (détail) -  Nelson-Atkins Muséum
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 23:54

 


(...) des vagues d’objets jumeaux viennent, à une cadence régulière, s'échouer sur les grèves désormais goudronnées, bétonnées, des cités (en attendant que le pavé redevienne à la page), sur l’herbe rase des parcs, sur les cloisons nettes et tendues des cimaises, sur les planchers huilés ou les sols en ciment fin ou - quand c’est possible - sur les dallages géométriques d’anciens palais et des maisons bourgeoises des siècles passés (plus chics)


(...)


beaucoup de ces œuvres  (« productions plastiques », et tic, et tic..) obéissent à une logique désormais convenue de l’illustration d’une idée. L’héritage présumé (mal entendu) d’une pensée post duchampienne n’en finit pas de se transmettre comme une doctrine ou une posture à tenir pour être résolument « content pour rien ».

 

 

 (...) -  pas loin de penser que le principe de l’argumentaire qui sert de prétexte à nombre de ces objets, qui fleurissent ici ou là - et flétrissent encore plus vite -, sont finalement plus importants (aux yeux des artistes et encore plus de leurs promoteurs) que les objets eux même.


(...)


toutes les combinaisons (uniformes et livrées) dont

usent les faiseurs d’images semblent - aujourd’hui plus qu’hier ?! - n’être plus qu’une mise en abîme, un ressac de formules, un ressassement jusqu’à l’épuisement.

Ici on brasse plus de vent que les grandes marées.


 

(...)


lorsque je regarde, avec un certain plaisir (esthétique) des filets de pêcheurs entassés le long d’un quai, je pense à Eva Hesse ou à Pollock; les piles compactées de papiers et de chiffons usagés, inévitablement ravivent les opérations célèbres de quelques Nouveaux Réalistes ou des accumulations de chiffons…  Cette ligne d’éoliennes, qui surgit au sommet d’une colline, au détour de ma route,  me fait me souvenir du champ d’éclairs de W.de Maria (jamais vu en vrai!) ou des projets de monuments d’Oldenburg (ceux restés dans les cartons). Questions : l’art ne fait-il ici que reproduire les phénomènes et les forme de notre réalité ? Quelle différence existe-t-il (encore) entre présenter et représenter ? – représenter : s’affranchir ? -


(...)


signes des temps(?) : la différence entre un jeu vidéo, une publicité, une œuvre d’art, dans certains cas, est presque gommée. Images, installations, réclames, objets dérivés, multiples, produits courants, semblent n’être que des formes interchangeables - à peu de choses près : l’espace où elles sont présentées et consommées par exemple – tout ça se superpose de façons confondantes. Soupe (consommé).


(...) 

parfois, le sentiment de traverser un espace dédié à l’art contemporain (une exposition ou une manifestation culturelle) comme si il s'agissait d'une galerie marchande ou une grande surface ?


Ne vient-on pas y chercher, (et, éventuellement, n’y fait-on pas l’acquisition de) ce que l’on a déjà vu (avec tous les tics et les grosses ficelles….), ce que qu’on s’attendait à y trouver?


(...)


L’ennui qui me vient de voir trop l’idée et pas la chose! – cela finit par manquer sérieusement de sel comme aurait dit le Marchand !-.]



* Feuillets épars - retrouvés dans les cartons - (2002 - 2005).


 

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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 15:17
2010-01-30_004700.jpg2010-01-30_001829.jpg
Max Ernst La mer et le soleil (détail), 1928
James Ensor Marine soleil couchant (détail), 1940
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Samedi 23 janvier 2010 6 23 /01 /2010 16:01
« C'est un champ fertile que nous avons à peine exploré,
et les jeunes artistes y retourneront, j'en suis certain
 » .
Kenneth Noland, 1994

http://www.kennethnoland.com/images/works/1960-1970/c5-0301.jpgKenneth Noland, Epigram  - 1961

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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 23:01

 

3 – Encanailler l’art

 

« Oui, M. Peisse, il faut encanailler l'art. Il y a trop longtemps que vous faites de l'art bon genre à la pommade. Il y a trop longtemps que les peintres, mes contemporains, font de l'art à l'idée et d'après des cartons. »

Gustave Courbet – lettre du 29 novembre 1849 (à Louis Peisse, critique du Salon).

 

 

L’exemple le plus complexe me semble-t-il de ce mode d’élaboration se trouve dans Le Sommeil, toile de « commande » dont le premier propriétaire fut aussi, comme pour l’Origine du Monde, le fameux diplomate Khalil-Bey.

 

Censée être « la suite » de Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie, œuvre dont le diplomate ottoman aurait souhaité faire l’acquisition mais qui était déjà réservée à un autre collectionneur, Le Sommeil présente deux femmes nues enlacées se reposant après leurs ébats.

 

On a dit de ce thème qu’il était assez inédit, ce qui n’est pas totalement vrai. François Boucher, par exemple, avait déjà abordé ce sujet du couple féminin (Pan et Syringe) et Honoré Fragonard dans plusieurs illustrations revient sur ce motif.

 

"Le lit et tous les secrets qu'il a de la femme, la chemise et ses indiscrétions, les effarements du réveil, les culbutes des courtes-pointes, la surprise qui renverse les têtes, les cache derrière le charmant mouvement du bras levé, les peurs qui courent à demi nues, ce premier sursaut de si jolie impudeur mettant sur pied une chambrée de femmes, le vent qui joue, le linge qui fuit, un visage qui se voile, un dos qui se montre tout du long, - comme Fragonard touche cela! "


Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, Charpentier, 1881-1882, tome 3

 

 

3muses

Des gravures des poèmes et certains récits, tel « Gamiani ou deux nuits d'excès », d’Alfred de Musset (1833) ont encore pu nourrir le sujet de la toile, en exploitant un thème Saphique proche de l’esprit orientaliste, et donc susceptible de plaire à celui qui venait de faire l’acquisition du Bain Turc de Ingres.

 

"Les filles de Lesbos dorment entrelacées,

Comme deux jeunes fleurs sur un même rameau ;

Elles dorment ! Leur sein éblouissant et beau,

Se gonfle au souvenir de leurs folles pensées.

D’un mutuel amour leurs lèvres caressées

Semblent prêtes encor pour un baiser nouveau ;

Et demain dans ce lit, voluptueux tombeau,

Le plaisir rouvrira leurs corolles lassées.

Leur corps n’est entouré d’aucun voile jaloux ;

J’écoute soupirer leur souffle, et je me penche

Pour mieux voir les contours de leur nudité blanche. […] "

 

Henri Cantel – Les tribades (1859)

 

4plus-copie-1Enfin des photographies ont aussi pu servir de point de départ pour les deux nus enlacés. Ce qui frappe pourtant dans ces deux corps peints, et plus particulièrement celui de la femme brune, c’est l’impressionnante torsion que lui fait subir Courbet et qui la montre sous plusieurs angles simultanés.

 

S’il est bien évident qu’une telle pose reste possible, elle ne correspond pas exactement à une figure de l’abandon.


 Ce que Courbet cherche donc à montrer n’est évidemment pas une énième figure du sommeil de bacchantes ou de nymphes, mais la volupté qui a précédé (voire la passion pressante qui a conduit à ce que « le collier de perles » se brise).


Pour traduire cet élan antérieur, il lui faut donc introduire un mouvement dans la fixité traditionnelle du nu couché. Paradoxe graphique qu’il va résoudre en tournant ses regards vers Rubens, peut-être dans L’Enlèvement des filles de Leucippe. ou plus simplement ; dans l’une des copies que celui-ci fit de Leda et le cygne, s’inspirant de la version de Rosso d’après Michel-Ange.


Dans cette dernière on retrouve le mouvement cambré du corps figurant l’accouplement improbable d’une terrienne et de Zeus métamorphosé en cygne.


leda


Si Courbet avait promis au collectionneur une « suite » à Vénus poursuivant Psyché de sa jalousie , Le Sommeil n’a pas grand chose à voir avec le récit original de Psyché, mais sûrement davantage avec l’interprétation proposée par Jean de La Fontaine (Les Amours de Psyché et de Cupidon -1669) qui évoque une liaison entre ces deux femmes. La « suite » n’est donc pas inscrite dans un registre mythologique strict, mais dans une variante plus personnelle et plus moderne.

 

"(...) Tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.

Aussi devant ce Louvre une image m'opprime :
Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,
Comme les exilés, ridicule et sublime,(…)"

 

Charles Baudelaire, Le cygne – Les fleurs du mal - 1857

 

livreIllustration trouvée dans un ouvrage d'estampes érotiques (vraissemblablement de Thomas Rowlandson ?)


Courbet en choisissant ce mode plus trivial, moins moral et plus charnel, ne pouvait que se rapprocher de ce que l’amateur d’estampes ou de maisons closes de l’époque (son commanditaire par exemple) souhaitait voir.

 

"(…) Elle était donc couchée et se laissait aimer,

Et du haut du divan elle souriait d’aise

A mon amour profond et doux comme la mer,

Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

(...)

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,

Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,

Passait devant mes yeux clairvoyants et sereins (…) "

 

Charles Baudelaire, Les Bijoux – Les fleurs du mal - 1857

 

1740 leda et le signe boucher f


Je ne sais si Courbet eut connaissance de cette version de Léda peinte par François Boucher (1740), mais il est troublant de constater que le point de vue du cygne n’est pas sans rappeler celui que nous a attribué le peintre de l’Origine du monde. En nous assignant à la place de l’oiseau (place pourtant divine), Courbet court-circuite radicalement l’imagerie érotique d’usage : il gomme tout artifice ou dispositif grivois, il évacue définitivement toute métaphore.


 

***

 

 

Nous faisons face à ce qui est l’objet du désir, sans avoir à nous tordre le cou. La réalité chez Courbet est sans fard, ce qu’il résume d’ailleurs par cette formule : « Un peintre ne doit peindre que ce que ces yeux peuvent voir. ». Car c’est bel et bien de peinture dont il s’agit.


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Sous la lumière franche qui dévoile ce buste, accentuée par le blanc de l’étoffe contre le noir du fond, on devine sous les coups de brosses tendres les transparences de la chair, bleutées par endroit. Homogène mais douce elle dessine les volumes nets d’un corps ferme, qu’elle sculpte sans accrocs. Les effets d’ombre sont estompés et parfois rehaussées de rose corail.

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La toile est visiblement construite à partir du noir (ou d’une couleur sombre) qui affleure encore par endroit, cela est particulièrement visible sur l’amorce de la cuisse gauche et dans le velouté du tissu. L’effet duveteux de la toison est produit par un pinceau souple plus petit et une texture plus humide de son médium. Quelques recouvrements roses, à la marge, en atténuent le contact sombre.

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Enfin, des retours de touches claires encadrant le pubis, ou sur les globes des fesses, ont été déposés de façon plus rapide et à certains endroits le grain de la toile est encore perceptible ce qui indique que, contrairement à d’autres peintures, celle-ci fut réalisée sans trop de repentirs.

 

« Encanailler l’art », bien entendu, c’était pour Courbet rendre la vérité émouvante de la chair en peinture. Qui parle encore de trivialité ?

 

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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 17:08
2 - Beauté c(r)achée  (un air de famille)

Dans les récits à rebondissement qui entourent L’Origine du monde de Gustave Courbet, tableau licencieux - tout au moins à l’époque de sa réalisation et suffisamment pour que ses différents propriétaires usent de masques pour le protéger d’un regard direct - tout pourrait se résumer à une affaire de cache-cache (ou de passe-passe) avant que l’œuvre ne rentre dans les collections des Musées Nationaux en 1995.


courbetmasson

Aujourd’hui, débarrassée de son dernier cache (sexe), celui peint par André Masson vers 1955 à la demande de Lacan, la toile est redevenue visible de toutes et de tous sur les cimaises du musée d’Orsay et, étonnamment, bien que les mœurs et les représentations ne soient plus celles du Second Empire, la peinture continue d’exercer son pouvoir de fascination entre délice et dégout, paillardise et moralité ce qui, à n’en pas douter, continue à occulter cette (la) peinture.


musee3-copie-1.jpg

Malgré son titre aux allures symboliques (le titre est-il même de Courbet ?) ce morceau d’anatomie ne semble rien raconter. Il se présente (ou nous est présenté) comme un arbre, un rocher, ou un citron, ce qui ne lui enlève rien de sa picturalité, bien au contraire, mais qui d’emblée le range dans le registre de l’étude. L’absence de contexte et l’anonymat de cette figure ne font d’ailleurs que renforcer ce sentiment. Pas d’histoire, pas d’allusion, pas d’accessoire : une femme expose sa chair et son intimité.


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Mais ne serait-ce pas, finalement, toute l’ambiguïté qu'entretient cette peinture, depuis le début, que de montrer sans réserve ce qui relève soit du médical, soit du voyeurisme, non que la peinture se soit jamais interdit la figuration d’un sexe, mais que rarement jusque là, elle se soit limitée à cette seule représentation.

 

Par contre, et le travail de recherche conduit par les Musées Nationaux* en fait largement état, la source iconographique utilisée par Courbet (et de beaucoup d’autres peintres de cette période), était la photographie de nu (académique ou érotique, selon). Auguste Belloc, tout particulièrement, semble avoir été un pourvoyeur d’exception, et l’Origine de l’origine se trouve vraisemblablement dans l’un ou l'autre de ces clichés.

 

Pourtant, si cette documentation (quoique beaucoup plus coûteuse qu’un modèle vivant) avait la faveur des artistes (autant que des amateurs), et si certains n’ont pas hésité à l'utiliser telle quelle (Delacroix le premier), il semble que pour Courbet ce matériel n’était pas le seul, et que le peintre se soit plu à mélanger plusieurs des points de vues de ces photographies, ainsi que des gravures ou d’autres peintures (Rubens souvent mais aussi Fragonard et Boucher) pour élaborer ses compositions, et de quelques poses directes pour compléter les détails. Le réalisme de Courbet étant d'abord une " vérité en peinture", pour reprendre les propos plus tardifs de Cézanne.

pl courbet

 

« J'ai étudié, en dehors de tout esprit de système et sans parti pris, l'art des anciens et des modernes. Je n'ai pas plus voulu imiter les uns que copier les autres : ma pensée n'a pas été davantage d'arriver au but oiseux de "l'art pour l'art". Non! J'ai voulu tout simplement puiser dans l'entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité. Savoir pour pouvoir, telle fut ma pensée. Etre à même de traduire les mœurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation, être non seulement un peintre, mais comme un homme, en un mot faire de l'art vivant, tel est mon but". 


Gustave Courbet, Brochure accompagnant l’exposition au pavillon du Réalisme, 1855

      

 [...]

__

* Catalogue de l'exposition Courbet.
Collectif, Laurence des Cars, Michel Hilaire, Gary Tinterow, Dominique de Font-Réaulx. Réunion des musées nationaux - 2007 

 

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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 00:33

"Tant qu’elle n’aura pas froid aux fesses, je n’aurai pas froid aux yeux."

Eric Chevillard L'autofictif 773-3


1 – « …ça ne marchera pas ! »


DSC00341

 

Regardant des photographies prises dans l’atelier de Montigny  entre 2000 et 2004, mon attention est attirée par un détail. Sur l’une d’elles je relève sur la partie gauche un groupe d’images dont j’avais oublié l’existence et qui pourtant, rétrospectivement éclaire en partie (je crois) le propos des séries « Amont » et « Histoire(s) » peintes à cette époque.

 

histoires  Histoire(s) 2001- 2003 – huile sur papier (détails) - Montigny

 

***


De ces trois images épinglées, je sais que l’une (le portrait) est un tirage numérique donné vers 2002 par Vincent Cordebard et que la petite vignette de l’Origine de Courbet fut découpée dans un magazine, quant à la troisième, il s’agit d’une reproduction d’un nu érotique du 19e, trouvée dans une bouquinerie (ou donnée par un ami ?), dans les années 80, à Aix en Provence (seule certitude cependant,je n'avais pas alors connaissance de la peinture de Courbet...)

DSC00341bCe qui m’a retenu dans ce groupe d’images, c’est l’association fortuite que réveillent ce visage et le nu de Courbet. Non que la composition de l’Origine, qui en fait précisément l’économie - procédé unique dans l’œuvre du peintre et rarissime jusque là dans l’histoire de la peinture – trouve ici, dans le regard de cet enfant une sorte de compensation mais, plutôt, qu'il me reste le souvenir d’une telle proximité.

 

Et puis c’est revenu : Sollers questionné par Henric, filmé par Fargier, dans Le trou de la vierge ; le regard de Sollers dépassant de la couverture du numéro 59 de la revue Art Press où figurait justement une médiocre reproduction en noir et blanc de l’Origine.

 

Fabuleuse mise en scène de l’apparition de l’image venant se substituer – ainsi que l’avait envisagé André Breton dans Nadja - à la description : les mains de Sollers empoignant, touchant, balayant le sexe exhibé, pour illustrer son propos :


« …C’est une forme sans tête et sans jambes, donc sans pieds, où vous pouvez reconnaitre ce qui du corps féminin commence au-dessus des seins et s’arrête… [hésitation]  heu !… [le regard cherche quelque chose] un tout petit peu… [Sollers trouve ce qu’il cherche]… ouais  merci [on lui tend quelque chose, il s’en saisit – l’objet reste encore hors champ]…au milieu des cuisses,  n’est-ce pas !... Je ne sais pas si ça peut se voir là  [il montre le haut d’une revue puis ajuste le bas pour le cadreur]…là  [le visage disparait derrière la reproduction de l’Origine du monde]….bien !

L’effet, n’est-ce pas, l’effet de… [sur la gauche, le visage en partie dissimulé par la revue ; la main balaye l’image dans sa partie basse puis d’un doigt entoure le pubis]…qui se situe ici…avec la fente…. suggérée…doit produire sur le spectateur un effet…calculé…, maximum, puisque ce ne sera jamais quelqu’un ou quelqu’une, et comme vous le voyez, ça ne marchera pas ! »

 

D’un point de vue strictement formel l’aspect plutôt « brut » de cet entretien s’avère évidemment, après plusieurs visionnages, moins spontané qu’il n’y parait à la première lecture. Il suffit  par exemple de suivre les jeux de regards de Sollers, de prendre en compte l’introduction préparée (calculée ?) de l’apparition de l’image ou considérer le balai des mains désignant, masquant, tournant autour du triangle sombre et le visage plus ou moins dissimulé derrière la revue… Si cette séquence est construite comme un dévoilement, elle se veut aussi, en 1982, comme une révélation de l’image par l’image, ou comme l’écrit Jean Paul Fargier, un évènement : «… et soudain, dans cette double ellipse (Venus et La Vierge), le sexe peint par Courbet sous le nom d’Origine du Monde, surgit comme un chaînon manquant. ».


sollers2

On remarquera cependant que c’est la couverture d’Art Press (revue à laquelle participent Sollers et Henric) qui a été choisie pour figurer sur la vidéo plutôt qu’une simple photographie (ou éventuellement une reproduction couleur puisque la vidéo l’aurait rendue possible). En quelque sorte la revue sert ici de « couverture », de masque à la peinture qui, bien que connue d’un cercle d’initiés (des proches de Jaques Lacan qui ont pu le découvrir à sa maison de campagne de Guitrancourt), n’a pas encore été révélée au grand public : « Sylvia [Bataille] s’occupe de l’Origine, prête la bombe pour une exposition aux Etats-Unis puis en France, laisse penser qu’elle est partie au Japon, jusqu’à ce que la revue Art Press (Henric, Muray, Moi) mette enfin le public au courant. » dira plus tard Sollers.

 

Je ne peux cependant m’empêcher de penser, en relevant des hésitations et quelques imprécisions dans les propos de Sollers (comme par exemple « la fente…. suggérée… » ?!) que, bien qu’ayant connaissance de l’existence de ce tableau par une diffusion photographique antérieure, il ne semble pas l’avoir bien regardé, à moins bien sûr qu’il ne l’ai pas vu en vrai (malgré sa proximité avec Lacan) et que, se fiant à la reproduction de mauvaise qualité imprimée qu'il a sous les yeux, il ne puisse percevoir ce que pourtant la peinture place sans équivoque au premier plan. Maxime du Camp qui avait lui eu le loisir d'examiner la toile, cachée derrière un rideau vert, écrivait en 1878, dans Les convulsions de Paris : «Lorsque l'on écartait le voile, on demeurait stupéfait d'apercevoir une femme de grandeur naturelle, vue de face, extraordinairement émue et convulsive remarquablement peinte, reproduite "con amore", ainsi que le disent les Italiens, et donnant le dernier mot du réalisme».


En somme, voulant révéler l’existence d’un tableau caché (que l’on disait disparu*), Sollers et ses amis ne faisaient rien d’autre que d’en exhiber l’image de l’image de l’image… Ce qui « marche » ici, c’est l’invention de l’image tronquée, coupée de l’histoire du regard public par sa mise hors circuit; ce qui « ne marche pas », c’est l’absence de l’original, l’absence de l’Origine.

 

__

 

 

* Dans une monographie sur Courbet publiée en 1981 aux Nouvelles Edifiions Françaises, Georges Boudaille écrivait en effet : « Il faut bien tirer des conclusions : les contemporains percevaient des intentions qui leur déplaisaient et parfois les choquaient quand elles n’offensaient pas leurs sentiments moraux ou religieux. Encore ne connaissaient-ils pas toute l’œuvre de Courbet. Il est une petite peinture que nous reproduisons ici qui a fait couler beaucoup d’encre. Son titre : L’Origine du monde. Probablement détruite ; à tout le moins disparue. Il nous en reste la photo et la description qu’en fit Maxime Du Camp. […] La peinture était dissimulée dans un coffre sur lequel Courbet avait peint un paysage (château ou église sous la neige). Edmond de Goncourt devant elle rendit, lui aussi, un hommage à Courbet, le 29 juin 1889 : « Devant cette toile que je n’avais jamais vue, je dois faire amande honorable à Courbet : ce ventre, c’est beau comme la chair du d’un Corrège. » […] Certains écrivains s’inclinent devant ce qui n’est que démonstration de métier mais résistent à ce qu’il y a de signifiant. Courbet est au Musée du Louvre pour avoir peint l’Atelier et l’Enterrement. N’eut-il commis que des « origines du mondes », fût-ce avec son talent, il serait depuis longtemps oublié. »

 

[...]

Par ap - Publié dans : peinture
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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /2010 23:59
« Quand on sonde le fond de son cœur dans le silence de la nuit on a honte de l’indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie. Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque "l’origine". Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu’on voit »

Pascal Quignard, La Nuit sexuelle, Flammarion - 2007


histoires2
Histoire(s) - Huile sur papier (détails) - 2001-2003, Montigny


*Douce (Année 2010)
Par ap - Publié dans : brèves vues
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /2009 17:39
ptosis_W_Bell.jpg
William Bell, Portrait d'un jeune homme atteint de ptosis - 1852 -
(
National Museum of health and medecine )

bell_w2.jpg

> L'amour est aveugle sur espace-holbein
Par ap - Publié dans : brèves vues
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