(re)venus





« Malgré les courants qui succèdent aux courants, font les modes et imposent sans trop qu’on sache pourquoi de nouvelles orientations, avec une fréquence, à notre époque, de plus en plus accélérée. Soucis de surtout éviter la répétition, la stagnation, de montrer ce qui n’a pas encore été montré. Innover à tout prix. Et sans cesse se renouveler. Avec en parallèle la recherche aux quatres coins du monde des écoles les plus exotiques. Casser les moules. Et à l’improviste, oubliant le dynamisme initial de destruction, rechuter lamentablement dans tous les classicismes. Tout cela avec force théorisations. Il paraît que la fièvre culturelle s’inquièterait de précipiter une mutation du futur.

Angoisse et névrose. Les formes ont beau jeu de se faire et défaire, le regard n’en aura jamais fini de la perplexité. Levé sur le spectacle inchangé d’un ciel nocturne, il n’est pas plus libéré des questions que celui d’un australopithèque. Encore faut-il qu’il se trouve le temps de plonger au-dessus des immeubles. La raison commande de la démythification et, certes, les chastes gravures libertines de nos grands-papas ne font plus le poids devant la moindre séquence du dernier film classé X, mais le mythe d’Eros a encore, dieu (Eros) merci, sous sa nudité écartelée sous les spots, de quoi titiller le rationaliste le plus débandant, au moment où il s’y attend le moins.

Non la bannière américaine plantée raide sur le sol lunaire ne peut en rien réduire la magie de la planète vague. Question de regard.
Oui, question de regard quand, sous la petite lampe rouge de mon labo-photo, sur le papier flottant au fond du révélateur, commence à apparaître fantomatique, la première ombre d’un modelé de chair. D’abord, en zones sombres, les yeux et le triangle du sexe… et, doucement, à la lenteur démesurée de la danse liquide et comme naissant des yeux et du sexe, se précise le corps, immergé dans son éclairage de night-club. »

Théo Lesoualc’h Le lieu du regard, P.122-123, publié dans Comment vivre avec l’image, ouvrage collectif, sous la direction de Maurice Mourier. PUF, 1989


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Vasari raconte que Alessandro di Mariano Filipepi aurait reçu sa première formation artistique chez un orfèvre appelé Botticello, et que c’est de ce dernier que lui serait venu son surnom, ce qui, à l’époque était chose courante. C’est donc sous ce nom d’emprunt que Alessandro Botticelli exerça son art. 

J’ai cru lire quelque part que "botticello" pouvait signifier "petit tonneau". Si cela est vrai, je ne peux m’empêcher de sourire en pensant à l’association étrange d’une barrique (aussi mignonne soit-elle) avec les figures élégantes peintes par celui-ci.

 

Ce contraste saisissant et l’amalgame monstrueux qu’opère soudain cette rencontre, me fait me souvenir d’une image dont à l’époque je n’avais pas compris le sens. Il s’agissait je crois d’une publicité pour une assurance. Une femme nue, debout, portait autour de la taille, en guise de cache sexe un tonneau sans fond. Cette étrange apparition d’un corps nu, dissimulé en partie par un tonneau - comme ces cow-boys dans les albums de Luky Luke qui, ayant perdu au poker, sortent du saloon dans cet accoutrement grotesque -  me fit longtemps réfléchir sur le sens caché du message.

Je crois me souvenir que j’avais émis l’hypothèse du fût renvoyant au symbole de la feuille vigne et que, donc, cette fille était une  sorte d’Eve déguisée en vague nymphe s’ébattant dans le vin de Dionysos…( ?). Mais en réalité je ne voyais pas bien le rapport avec la compagnie d’assurance…« Quand vous n’aurez plus que ça à porter, vous regretterez de n’avoir pas pensé à nous plus tôt ! », disait le slogan.

En fait, je me demande aujourd’hui si il ne s’agissait pas plutôt de Vénus, voire de Botticelli lui même, dont on sait qu’il a fini sa vie dans la misère la plus totale…

La technique de ce peintre était la détrempe, procédé où les couleurs sont broyées à l’eau puis délayées avec de la colle de peau. Il est étrange que ce soit l’utilisation de la détrempe (qui est sans doute l’un des plus ancien procédé pictural) plutôt que celle de la peinture à l’huile, importée des Flandres (qui était pourtant bien implantée en Italie, à cette époque) qui ait retenu son attention.

J’imagine qu’avec cet argument un publiciste pourrait, aujourd’hui, faire la promotion d’un tel produit…

On aurait alors une Vénus trempée, sortant d’un tonneau, tenant à la main une palette et affirmant en gros caractères que  « Grâce à ton eau tu peux t’approcher de la beauté ».

(re)vénus - planche

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« … cette divinité avait plusieurs temples à Rome dont la garde était confiée à des chiens. Ses fêtes étaient célébrées au mois d'août, durant les chaleurs ardentes de l'été. A  l’occasion  de ces réjouissances qui duraient huit jours consécutifs, on organisait des courses populaires où les concurrents tenaient une torche à la main… »

***

« Allô... J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer… Michel D. vient de se donner la mort…. Hier… Ses obsèques ont lieu lundi à 14h à Saint Malo… »

 

Je revois Michel, dans le soleil de cette après midi de juillet, assis sur un banc, évoquant ses dernières lectures et la grave dépression qu’il venait de traverser. Caressant son chien, il parlait de poésie et de l’urgence soudaine qu’il avait éprouvé d’un passage à l’écriture, pour « se défaire de l’obscur », exorciser le vertige et les gouffres lancinants de l’angoisse.

Noirs, ses poèmes l’étaient, en effet. Noirs comme de la tourbe, noirs comme les troncs d’un arbre frappé par la foudre. Ces nœuds d’écritures, découverts un soir dans la boite aux lettres de ma messagerie électronique m’ont laissé sans voix. Un sang noir coulait entre les lignes de ces textes, prenant acte de la chute et de l’abîme. Un cri déchirant et une douloureuse remontée vers la lumière, branche par branche, annonçaient, après cette secousse, le rétablissement.

Michel parlait calmement en ce jour de juillet, sans masque ni fausse pudeur de ce cette  terrible plongée dans la bouche d’Hadès. Cette renaissance l’avait ramené à la rive, serein, dégagé de ces anciennes certitudes : «…ces textes, il faudrait que tu les lises, pour comprendre la vague sombre qui m’a emporté au fond. Après ça, j’ai écrit pour me reconstruire et forger un nouveau socle pour tenir debout. Ces écrits sont terribles tu sais, ça sent le fiel et le tréfonds… Enfin, à toi de voir… »

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Frange

            de neige

                        agglutinée

                                         à l’angle du carreau,

                        .

    crête d’écume figée  que pénètrent

             des  lacets de gouttes

                                                    chassés par la vitesse.

 

Serpentins d’eau qui glissent

                                                 sur

                                                 le bleu lavande de l’aube,

                                        et s’immiscent

       dans la croûte molle,

tel un fleuve

                    qui fabrique

                                        son delta.

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Lui - Il arrive parfois que les ondes portent jusqu’à nous autre chose que de divines figures. Par exemple  cette étonnante formule entendue un jour, à la radio, au détour d’un débat politique : « Mars et Vénus, divorcés par l’Atlantique »… On ne peut être que saisi par ce surprenant raccourci même si, je dois avouer, il m’a fallu quelques instants, pour remettre Mars et Vénus dans le contexte géopolitique et leur attribuer une identité…

Elle - Et pourtant, ça tombait pourtant sous le sens : Mars-USA et Vénus-Europe séparés par l’océan… ! Le Dieu de la Guerre et la Déesse de l’Amour…

Lui – Oui ! ……deux entités que tout oppose et qui pourtant, bon gré, mal gré, ne peuvent se passer l’une de l’autre …des amants sans alliance ….je veux dire inconstants, soudain épris de désamour, avaient clôt leurs ébats en prenant leurs distances!

Elle - Les voilà  donc séparés par une étendue respectable et neptunienne. Et que l’on ne vienne pas nous parler de la dérive des continents !

Un autre - …Depuis quand au fait, et pourquoi cette rupture ? Mars serait-il devenu trop arrogant, trop ambitieux ? Vénus aurait-elle perdu de ses charmes, aurait-elle quelque peu vieillie, prit du poids ? L’un aurait-il trompé l’autre? Qui des deux a rompu le pacte ?

Lui - En fait, l’intérêt de la formule ne réside pas  tant dans cette distribution rapide des rôles, ni dans l’évident parallèle qu’elle fait naître avec l’actualité. La métaphore semble plus sérieuse, plus fondée encore, car elle nous rappelle que l'union d'Aphrodite et d'Arès donna, entre autre, naissance à deux fils jumeaux : Deimos (la Terreur) et Phobos (la Crainte)….

Elle - L’introduction de l’Atlantique comme personnage actif (observateur, juge et médiateur de cette désunion) n’est sans doute pas, non plus, purement géographique.

Lui - … Finalement ce n’est pas l’océan comme étendue d’eau qui est ici suggéré, mais bien davantage l’évocation du modèle d’une société idéale, l’Atlantide auquel renvoie Platon dans ces deux dialogues,  le Timée et le Critias, ce dernier étant sous titré Atlantique

Une autre - Le « mythe Atlante » y est interprété comme la résultante d’un divorce entre la vertueuse Athènes des origines et la puissance impérialiste qu'elle était devenue lorsqu’elle constitua la ligue de Délos…

Lui - Comment ne pas y voir dès lors, en filigrane, les transactions commerciales et guerrières qui animent la scène internationale contemporaine…

Elle - L’actualité du mythe... Décidément, elle n’a pas fini de nous surprendre.

Une autre - Bref, le guerrier s’affirmait encore plus martial et l’amoureuse voulait la paix…

Un autre - Le cul et la chemise étaient dos à dos, et ça : c’était un scoop… !!

Lui - La seule chose certaine c’est que Vulcain qui  en a déjà vu de toutes les couleurs, s’en lave les mains.

(re)vénus - planche

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