ressassements perpétuels

Publié le par ap

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Juin 2013

 

(extrait de correspondance aveec S.)

 

 

[...] je rentre de faire mes six heures de route [...]. Vibrations du volant dans les mains. Je pense en roulant (c'est toujours bizarre les associations d'idées) à la 2CV que tu avais à Aix (bleue je crois?) et au surnom que tu lui avais donné : Titine. C'est bien ça non?  Je nous revois donc dans Titine  à Marseille pour aller voir une expo ou autre chose... La mémoire qui flanche en entrant dans un tunnel du vieux port. Me reviennent encore les sons de Zappa dont je découvrais l'existence et puis (j'en ai parlé avec O. et elle me le confirme), la chambre du pavillon 7 que tu avais et qui devint la sienne par la suite. Roulant toujours, j'écoute sur France Culture une émission où un monsieur (je ne sais pas qui c'est.. j'ai pris l'émission en cours) parle de musique Soufi et Gnawa (je crois que c'est ce que j'ai entendu), de transe, d'art thérapeutique... Je suis distrait par la campagne qui défile et que je connais, de Troyes à Cult, presque arbre par arbre (j'exagère à peine) et puis, le monsieur qui continue à parler, tantôt en arabe, tantôt en français, fait allusion à la forme cyclique d'un chant et évoque Blanchot... Je dresse l'oreille, quand il dit : "...c'est ce que Blanchot appelle le ressassement éternel...", puis il explique "...c'est une répétition continue qui procède par de très légers glissements progressifs..." Je me dis: et bien  voilà, c'est ça ma peinture. un "ressassement perpétuel", une vague puis autre, une forme qui efface la précédente ou le reproduit presque...[...] je voulais aussi répondre sur quelques phrases de ton dernier message [...] Le peintre est seul, toujours. Dans l'atelier face à ce qu'il peint, dans la galerie au milieu des pingouins un jour de vernissage, et dans l'atelier encore après les agapes. Il est seul alors même qu'il partage son travail avec un ami. C'est le lot du peintre (pas forcément de tous les artistes) [...] Cela convient au travail de la peinture, moins c'est vrai à sa visibilité - [...]. La peinture se fait quand elle peut ou quand la nécessité se fait pressante. Rien n'est décidé, arrêté, prévu, mesuré... Quelqu'un veut voir ce travail : il est toujours le bienvenu, quelqu'un veut le montrer ou en parler : pas de problème.[...] L'objet peint (je veux dire une fois peint) au fond, pour moi, n'a pas d'importance en soi, il est la marque d'un processus à l’œuvre, l'indice d'un dépliage plus ou moins expansif que je ne contrôle pas et ne veux pas contrôler - mais il ne faut y voir aucun mysticisme, aucune intention... [...] -  Un jour, un ami m'a dit : je crois que tu peins pour voir la peinture. Je pense effectivement qu'il a touché là quelque chose... Mais maintenant je vais pouvoir faire le finaud et dire voilà mes "ressassements perpétuels". [...] En ce moment, je ne peins pas, ne dessine pas. Je laisse reposer (comme une pâte en attendant qu'elle lève). [...]

 


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