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Gustave Courbet (détails du Sommeil et de l'un des tableaux de Jo, la belle irlandaise)
Joanna Hifferman, au moment où Courbet en fit ces portraits, était le modèle et la compagne de James
Whistler. Courbet aurait fait sa connaissance alors que le couple se trouvait, comme lui, en résidence à Trouville, rencontre qu'il n'évoque que tardivement dans une lettre à Whistler, en
1877 : « Rappelez-vous Trouville et Jo qui faisait le clown pour nous égayer. Le soir elle chantait si bien des chants irlandais, car elle avait l’esprit et la distinction de l’art. (…)
J’ai encore le portrait de Jo que je ne vendrai jamais, il fait l’admiration de tout le monde. ».
En comparant quelques représentations respectives que firent Courbet et Whistler, à la même époque (entre
1861 et 1865), de la fameuse
Joanna, il est pourtant assez difficile d’y trouver une réelle ressemblance.
Par ailleurs, si Courbet semble découvrir la jeune femme dans son atelier de Normandie, il en connaissait déjà l’existence par le biais de « La dame en Blanc » tableau que Whistler avait exposé en 1861 à Paris et qui avait retenu l'attention de Courbet.
Sauf à supposer que la physionomie de Joanna soit à ce point « élastique », l’identité habituellement attribuée pour la jeune femme blonde du Sommeil reste donc gentiment hypothétique (tout autant, à mon sens, que les différentes fictions qui voudraient que la même Joanna devint la maitresse de Courbet et servit de modèle pour l’Origine du monde).
Gustave Courbet, Jo - 1865
[...]
Il n'est cependant pas impossible que la fréquentation de Whistler ait donné à Courbet l'occasion de mieux découvrir le travail des Préraphaélites - peut-être par l’intermédiaire de reproductions - et que le portrait qu’il fit alors de Joanna à Trouville (puis les copies ultérieures) soit en partie marqué par les modèles de Dante Gabriel Rossetti lequel était depuis 1862, non seulement un voisin (dans le quartier de Chelsea) mais surtout un ami de Whistler.
On sait par ailleurs que, en 1864, Rossetti peignit une étude d’une jeune femme occupée à démêler sa longue chevelure avant de réaliser Lady Lilith en 1868. Entre ces deux tableaux « se glisse(nt) », en 1865, le (ou les) portrait(s) de La belle irlandaise
de Courbet.

En 1854, s’attelant à Found (une scène de genre figurant un paysan qui, venant à la ville, retrouve sa fiancée devenue prostituée),
Rossetti réalisa une série d'études de visages dont les traits autant que la pose sont aussi à rapprocher de ceux du visage féminin de Jo peinte par Courbet.
Il faut cependant noter que le modèle féminin utilisé par Rossetti pour Lady Lilith et Found était une certaine Fanny Cornfort.
Ayant peut-être eut connaissance des gravures réalisées par Whistler lors de son séjour parisien, Courbet n'aurait-il pas eu recours à l'une d'entre elles, Une Vénus, pour installer la pose de la figure blonde du Sommeil ?
Ce n’est pourtant pas Joanna
qui servit de modèle à Whistler pour cette gravure, en 1859, mais jeune bohémienne surnommée Fumette, qui louait « ses services » aux artistes... Aurait-elle aussi visité l'atelier
Courbet?
Plutôt que de chercher à identifier dans les personnages du Sommeil telle ou telle personne, il semble plus vraissemblable d'imaginer
que Courbet a peint tantôt d'après des modèles (réels ou photographiques) qu'il avait à sa disposition, tantôt en puisant dans les différentes sources iconographiques. Le réalisme de Courbet est
moins l'affirmation d'une représentation objective du monde que la transposition condensée des signes qui constituent le travail de la peinture.