Un jour, un messager, pénétrant dans un cabaret, vint trouver Franz Hals pour l’avertir qu’un étranger l’attendait dans son atelier et qu’il souhaitait que le peintre fasse son portrait. Hals qui se tenait, dit-on, toujours à la disposition de sa clientèle, accepta.

"L’étranger dit à Hals qu’il n’a que deux heures à lui donner. Le peintre prend la première toile venue, arrange sa palette assez mal et commence à peindre. Peu de temps après, il prie le modèle de se lever pour voir ce qu’il a fait. L’homme parait content de la copie et, après avoir causé sur des choses indifférentes, lui dit que la peinture lui semble assez aisée et qu’il veut, à son tour, essayer. Il prend une autre toile et prie Hals de se mettre à la place qu’il venait de quitter. Celui-ci, quoique surpris, ne tarde pas à s’apercevoir qu’il a affaire à quelqu’un qui connaît la palette et son usage. Peu de temps après, l’étranger le prie de se lever à son tour. Quelle fut sa surprise : « Vous êtes Van Dyck ! s’écrie-t-il en l’embrassant. Il n’y a que lui qui puisse faire ce que vous avez fait. » Van Dyck voulu l’engager à le suivre en Angleterre. Il lui promit une fortune, bien au-dessus de son état, qui était assez misérable. Il ne put rien gagner. Abruti par le vin, Hals répondit qu’il était heureux et qu’il ne désirait pas de meilleur sort. Ils se séparèrent avec regret. Dyck fit enlever son portrait que Hals venait de faire, après avoir répandu dans les mains des enfants quelques guinées que le père prit à son tour pour les répandre dans les guinguettes."

Extrait de Vies des peintres de Jean-Baptiste Descamps (1753), au sujet de l’exposition Van Dyck qui se tient au Musée André Jacquemart.

Par ap - Publié dans : (re)vue - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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