On l’a vu précédemment, les différents éléments qui constituent Monogram de Robert Rauschenberg sont à la fois liés, enlacés, mais conservent cependant une poche de significations, car les objets récupérés qui participent de ces montages savants, parfois d’ailleurs à la limite du maniérisme, ne sont pas seulement des matériaux, mais aussi parfois des mots ou des expressions. Volontairement dispersés ou enfouis, ils travaillent souterrainement à l’élaboration de ces Combines. Un examen plus attentif des éléments essentiels s’impose donc si l’on veut tenter de comprendre le sens ou les enjeux du travail de Rauschenberg, et plus particulièrement de celui-ci.
Robert Rauschenberg "Monogram", 1955-1959 Le plateau-socle, est constitué de deux panneaux de bois de dimensions différentes, assemblés de façon à constituer un presque carré (64 x 64 cm environ). Lorsque l’on considère l’ensemble, en faisant face à l’animal, les tonalités qui composent le socle sont plutôt sombres : noirs, gris et bistres se chevauchent. La partie arrière est, elle, nettement plus lumineuse et colorée.

Parmi les différents éléments fixés à la surface (certains sont collés, d’autres cloués et d’autre encore fixés avec des charnières ou des écrous), on peut en distribuer deux catégories.
D’une part des objets dont : une manche de chemise, un talon de chaussure, une balle de tennis, une planche (sur laquelle on peut lire des fragments de lettres peintes)…

et de l’autre des reproductions issues de revues ou de journaux. L’ensemble est ponctué de traces de peintures
qui relient (suturent) entre eux ces fragments

Par exemple, ces empreintes de pieds droits évoquent d’ailleurs de façon assez ironique la fameuse fiche d’identité judiciaire imaginée par Bertillon en 1883.

Ainsi le plateau-socle de Monogram est un tableau horizontal, une mise à plat, qui semble bien contenir une série d’indices permettant d’envisager la question de l’identité d’une personne, sans doute celle de l’artiste lui-même, en demandant au spectateur d’en faire le tour.
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