

Par ailleurs, les différents effets de coulures d’encres, d’aspersions ou de macules indiquent bien la volonté de
Dali de pointer l’aspect subversif du pays des merveilles de Carroll.
Salvador Dali "The mad tea party", 1969
Kertez
Seul (à ma connaissance) Sigmar Polke aura l’audace de répondre à l'univers
graphique de Dali par ce montage composé comme un faux triptyque: deux panneaux latéraux utilisant un motif de tapisserie reproduisant le motif d’un match de foot encadrent une bande centrale,
fond sombre couvert de points blancs (bel élevage de champignons !). Sur cette partition verticale sont superposés, à gauche, la reprise d’un dessin de John Tenniel et à droite la
silhouette blanche d’un basketteur en extension se saisissant d’un ballon.
Sigmar Polke “Alice”, 1971
John Tenniell ,1865
L’hybridation des différents motifs, la confusion spatiale, l’aspect fantomatique des figures citées suggèreraient, comme l’ont souligné plusieurs critiques, « les différents stades d’altération de la conscience par les effets de la drogue, ici symbolisée par le Caterpillar fumeur de marijuana. Le parallèle entre drogue et sport (nouvel opium du peuple) matérialisé à la fois par le motif du fond et par la silhouette blanche du basketteur, dénonce un monde d’illusions d’optiques ou, d’hallucinations qui nous ferait finalement prendre des vessies pour des lanternes et des ballons pour des champignons… Ou, pour reprendre une citation de Guy Debord : « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. ». N'était-ce pas en subsence le sens de l'appariton de ces personnages, au détour d'un plan, du le film de Jean-Luc Godard?
Jean Luc Godard “Week-end”, 1969
L’univers d’Alice de Lewis Carroll n'en finit plus d'inspirer, depuis sa création, de nombreux illustrateurs mais aussi des peintres, des
réalisateurs ou des photographes…


Certaines images, comme par exemple ces séries photographiques de Anna
Gaskell, Wonder (1996) et Overide (1998), dont on trouvera ici une
bonne analyse et ici d’autres images, fonctionnent comme des citations à la fois du conte mais aussi de l’univers
de certaines peintures Préraphaélistes (Millais, Waterhouse…), ou encore en référence au cinéma.
« Les aventures d’Alice au pays des merveilles », William Stirling, 1972
Plus récemment, d’autres artistes tels Maggie Taylor, Kassandra… utilisant la prise de vue et la
retouche numérique ont revisité le thème.
Maggie Taylor “ Almost Alice - Ou Est Ma Chatte?”, 2007
Marla Bloom “A mad tea-party in white”, 2004
Annie Leibovitz pour Vogue, 2006