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La seconde peinture qui, d’une certaine façon faisait résistance, est celle qui,dans l’atelier de Bazille, occupe pourtant une place de choix. Jean-Claude Bourdais nous dit,  concernant ce tableau : « Très vite, j'ai trouvé un texte disant qu'il s'agissait d'un tableau de Renoir intitulé " Paysage avec deux figures" qui a été refusé au Salon de 1866. Ce texte précisait aussi qu'en 1867, l'année suivante donc, Renoir se verrait de nouveau refuser, avec la toile appelée « Diane Chasseresse » […]
Seulement, je me heurtais vite à un problème : impossible de trouver dans les livres ou sur Internet de reproduction de « Paysage avec deux figures ». J'ai insisté, peiné et me suis résigné : il devait ressembler de loin ou de près à la composition de Bazille, mais impossible de le trouver une seule fois. ».

echec1.jpgMonet « Etude pour le déjeuner », 1865 - Renoir «Promenade », 1870

 


Puis il nous apprend que : « le grand tableau encadré est vraisemblablement le "Paysage aux deux personnages" refusé à Renoir au Salon de 1866, et dont est conservé, avec le titre de « Dames à l'oiseau », le seul fragment de la partie gauche, la jeune femme vêtue, comme confirme une ancienne photographie. Pourtant "...impossible de trouver un tableau avec ce nouveau titre, ni trace ou reproduction de cette soi-disant photographie ! J'abandonne. Je me dis que Renoir dégoûté ou furieux a donc détruit en partie le tableau en sortant du salon, et que grâce à Bazille, on en a au moins une idée de ce que fut ce tableau présenté. »

 

En fin d’article, Bourdais donne une autre piste qui permettrait  effectivement  de comprendre les dessous de l’affaire : « Lors d'une restauration de l'atelier de la rue Condamine, quelle ne fut pas la surprise de ceux qui découvrirent, grâce à l'analyse aux rayons, que sous le tableau de Renoir peint pas Bazille (celui que l'on voit aujourd'hui, « Paysage aux deux figures », il y avait un autre tableau de Renoir peint en dessous, donc qui avait été le premier choix, la première idée de Bazille ! À votre avis ? Est-ce « Diane chasseresse » ou « Lise à l'ombrelle ? ».

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Renoir « Lise à l’ombrelle » et « Diane chasseresse », 1867


Je dois avouer que, sans jamais douter de la recherche déjà effectuée par Bourdais, j’ai, de mon côté, par acquis de conscience, repris une à une les indications et donc re-parcouru sans doute les mêmes chemins : en vain ! Il ne me restait donc plus à mon tour qu’à renoncer alors que pourtant cette composition me disait bien quelque chose… Oui, mais quoi ?

 

Je suis donc revenu à mes impressions de départ. En regardant pour la première fois ce tableau représenté dans « l’atelier rue de la Condamine », je m’étais dit que c’était un peu comme un des « déjeuners sur l’herbe » peints par Monet traversé par un nu de Cézanne (ce dernier pour la représentation assez noueuse du nu).

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C’est finalement cette piste que j’ai suivi : l’idée d’un tableau en deux.

 

D’un coté, la femme assise évoque par la blancheur de sa robe assez proche dans l'esprit des tableaux de Monet et en particulier de celle des « Femmes au jardin » de 1866. On y retrouve d’ailleurs le double mouvement des corps.

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Monet  « Femmes au jardin à Ville-d’Avray » 1866

De l’autre, il y a ce nu de dos, un bras levée, l’autre tirant vers sa poitrine un vêtement. La cambrure du dos et  le geste de pudeur font à la fois penser à la Baigneuse de Ingres (qui se trouve au musée Bonnat) et à la Vénus Italica de Canova.

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Le thème du nu de dos, qui est présent dans l’histoire de la peinture occidentale surtout depuis la Renaissance (chez Raphaël ou Rubens par exemple), n’est pourtant pas aussi fréquent qu’on le croit, et cela, j’imagine, pour une raison assez simple : un nu de dos se défile au regard, ce qui implique qu’il y aurait donc, par cette représentation l’expression d’une certaine idée de la pudeur, donc de la conscience d’un regard extérieur à l’espace de la peinture. C’est le point de vue du spectateur (son statut) qui est, dans ce cas, implicitement désigné.

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Rubens « Vénus au miroir », 1615

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Bouguerau "nymphes et satyre" 1873

Chez Gustave Courbet, par contre, le nu devient progressivement un sujet en soi, l’anatomie du corps (ou plus exactement la chair) s’avère être le vrai sujet de ces peintures.


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Gustave Courbet « La source », 1868

Courbet réalisa justement, quelques années avant la source, deux tableaux, sur un même thème, qui pourraient bien être la seconde source du tableau de Bazille. 

Dans la première étude, un corps de femme nue partiellement drapé en partie, s’éloigne de dos dans un sous-bois, un bras levé. Dans le second tableau, cette baigneuse, représenté dans la même posture mais installée dans un espace plus large, croise celui d’une autre femme, assise à même le sol, laquelle semble être surprise (choquée ?) à la vue de cette femme nue.

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Gustave Courbet « Baigneuse »,  1852 - 1853

En croisant les deux peintures, celle de Monet et celle de Courbet, on s’aperçoit que le mode de composition opposant de part et d’autre de la diagonale les deux figures est aussi celui que Bazille a choisi dans sa propre composition.

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Frédéric Bazille «deux figures », Carnet [sources Base Joconde]

 


(En attendant d'avoir un jour le verdict aux rayons x qui, à n'en pas douter nous permettra de mieux comprendre cette étonnante composition, accrochée au mur de l'atelier rue de la Condamine, je me suis dit que peut-être, après tout, c'est à cette hybridation entre les toiles de ces deux peintres dont il respectait pronfondément le travail, que s'est livré Bazille.)

Par ap - Publié dans : Réplique(s) - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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