6 – Effet d’annonce (chute en deux actes)
Acte 1
Un homme est suspendu dans le vide retenu par deux femmes. Le voilà en bien mauvaise posture ! L’une a saisi son pied, l’autre tire sur le coin de la veste tandis qu’un autre homme, en arrière plan, bras levés, pousse des hauts cris. Va-t-il pouvoir être sauvé?
Et puis « Que s’est-il passé avant… Cet homme vient-il de sauter ou de tomber par une fenêtre ? Qu’arriva-t-il après ?
Qu’il s’agisse d’ailleurs d’un évènement réel (un fait divers dont la presse autant que
le public sont friands), d’une annonce pour un spectacle (type vaudeville) ou d’une réclame pour la publication d’un feuilleton populaire à deux sous, le traitement graphique presque comique
(caricatural) de la situation contraste avec l’effet d’annonce dramatique du texte inscrit en caractères bulle.
On remarquera, à ce sujet que ce qui pourrait passer pour une maladresse - la façon dont le mot terrible coincé contre le bord droit de l’image - est une façon astucieuse de le faire chuter, lui aussi, de façon tout aussi grotesque que le personnage.
La construction de l’affiche utilise un procédé classique de lecture en Z de texte à texte, mettant étrangement en exergue les syllabes [terr] (de terrible) et [aire] (de affaire). Il s’agit sans doute là d’un hasard mais qui a comme effet d’inscrire physiquement la chute entre les deux sonorités terre et air.
Acte 2
Une femme, s’entretient avec son mari (en lui servant une boisson sur un plateau) au sujet de la terrible
affaire dont celui-ci a été la victime. Nous voilà rassuré ! L’homme n’est donc pas mort dans sa chute. Peut-être même, finalement, n’est il pas tombé du tout !
Une comparaison graphique des figures représentées (il s’agit là visiblement des même personnages que sur la première affiche indique que ce n’est pas le même dessinateur qui a exécuté les deux affiches. Il y a donc reprise et citation sans soucis de réalisme.
Quelques indices cependant dont la reprise du lettrage, l’insert en médaillon - comme l’évocation d’un souvenir (lointain) de l’image de l’affiche n°1 - et la position de la femme (penchée) sont là pour assurer un continuité et une cohérence graphique.
L’emploi du vouvoiement dans le texte d’entête, entretient le doute un instant : il pourrait tout autant être un rappel implicite pour le lecteur de l’affiche n°1 que le langage utilisé par la femme vis-à-vis de son époux (bourgeoisie oblige !).
Cependant l’hypothèse est démentie aussitôt par le tutoiement inscrit, dans le dialogue au bas de l’affiche.
- Eh bien!! Tu es quitte pour la peur, grâce à la qualité de ton vêtement.
Il ne s'agissait donc que de cela !!