Une averse crève la peau de l’étang.

[...]

Et puisn il y a la mer ! Verte, avec des écailles, ou des vagues, venant lécher le rivage, Et puis, il y a la forme étrange du pli de la robe, de la cape, que la jeune femme de droite, sur la pointe des pieds, volant à son secours déplie… Regardez là  bien cette forme qui n’est pas un pli de tissu ordinaire ! Observez ce vide où se découpe le paysage : langue verte de l’horizon qui va au devant des caresses des flots, pénètre l’écume, soulignant au niveau du ventre la perle du nombril… Vénus du désir naissant, Vénus du plaisir sous entendu : sous cape.


D’un côté le vent chaud, soufflé par ce couple aux mains unies, doigts lascifs, entremêlés, célébrant par leurs attouchements les jeux de l’amour, flottant au-dessus de l’écume des vagues douces. Souffle chaud et intime comme l’haleine de l’amant… De l’autre, la jeune fille fleurie (enceinte ?- initiée ?) volant au secours de la pudeur…. Trop tard ! Vénus est vue, elle sait qu’elle a été vue, par nous, par moi : la main gauche attirant sa chevelure sur son sexe en est un signe, la droite, effleurant la pointe du sein qu’elle sait faire voir, en est un autre. Elle est l’amour, le désir amoureux et elle le sait. Elle (se) joue de cette fausse pudeur, de ce dénuement qui l’expose à nos regards. Une pudeur feinte aiguisant le désir, une pudeur à la hauteur de sa réputation …


« …ô Déesse, à ton approche s'enfuient les vents, se dissipent les nuages; sous tes pas la terre industrieuse parsème les plus douces fleurs, les plaines mers te sourient, et le ciel apaisé resplendit tout inondé de lumière.
Car sitôt qu'a reparu l'aspect printanier des jours, et que brisant ses chaînes reprend vigueur le souffle fécondant de Favonius, tout d'abord les oiseaux des airs te célèbrent, ô Déesse, et ta venue, le cœur bouleversé par ta puissance. »

Lucrèce, De la Nature, I, 1 sqq.

[...]


D’autres corps sont venus avant celui là. D’autres Vénus désirées. Le désir n’est pas toujours exact. Approximatif, il s’affine ou plutôt, il se déplace. Comment peut-on expliquer que telle scène, telle posture d’un corps, tel geste, telle harmonie de couleur dans un tableau, nous touche et nous renverse ?

L’affinité est sans nom mais elle a un visage, un corps... Dans la vie, on peut parler de rencontre, en peinture on suppose l’événement.

 

 

>(re)vénus - planche

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

 

Interférence d’images collées les unes aux autres, placardées dans les rues, comme autant de d’insignes ou de décorations dont les murs de la ville se couvrent. Images éphémères, accidentelles, sitôt  posées que déjà recouvertes ; tapisserie d’extérieur rafraîchie quotidiennement, flambant le mur. Feuilles fragiles d’aplats vifs  écorchant l’œil, planches stridentes trouant le gris terne des crépis. Peaux. Peaux humides et fripées juste après la pose, rêches dès que la colle en séchant a tendu la fibre. Mille feuilles compact que la pluie réduira bientôt en lambeaux et que la main distraite, sournoise, révoltée, achèvera de défaire. Fraîches loques jonchant le trottoir en petits paquets crispés, en grappes, en copeaux…

 

Le feu passe au vert, mon regard glisse de ces parures à la buée du verre que raclent le va et vient des essuies glace.


 

Enfant, je collectionnais les images trouvées dans les plaquettes de chocolat, découpées dans les magazines. Les enveloppes roses, jaunes ou blanches (avec un liseré bleu) couvertes de timbres et de traces de tampons me fascinaient. J’aimais ces timbres gravés en deux ou trois couleurs représentant des papayes, des cabosses de cacao ou toutes sortes de papillons. J’entassais tout cela dans des boites à chaussures que je renversais  parfois en vrac sur le tapis de ma chambre pour compter mes trésors.


 

Une carte postale a longtemps occupé mon regard d’enfant. Je ne comprenais pas la scène que je voyais. Je ne comprenais pas pourquoi cette femme était debout sur le bord d’un coquillage géant. Je pensais qu’il s’agissait d’un ballet de sirènes, d’une danse cannibale ou autre chose de ce genre. Je ne comprenais pas la position écartée de la main de cette femme qui semblait cacher, tout en le montrant, la pointe de son sein. J’ai souvent regardé cette carte postale avant de savoir ce que la légende, inscrite au verso, signifiait. « Venus sortant des eaux » ai-je longtemps lu : « venu (sans e, avec un s) »… ce qui ne m’étonnait pas puis qu’ils étaient plusieurs sur la plage et que les sirènes étaient, à ce qu’on m’avait dit, comme des anges vivant sous l’eau (!).


 

Un jour, alors que je montrais la carte à des camarades, dans la cour de l’école, elle est tombée dans une flaque. C’est ce jour là d’ailleurs, en me faisant tirer par l’oreille dans le bureau du directeur par le surveillant qui avait ramassé l’image, que j’ai su que l’on ne disait pas venus mais Vénus.


 

> (re)vénus - planche

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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