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(Où l’on apprend que c'est Vulcain  - Héphaïstos... [j'ai failli cet os, ou jet faille cet ose, quelle faillite ose,] le spectateur privilégié et  privé - je veux dire frustré ! - de cette mise en scène… Car il ne faut pas croire ceux qui prétendent l'avoir vu se laver nue dans un bénitier...)

 

C’est franchement un drôle d’accord que celui là, ce vert d’opale (ou presque) et ce rose pétale, tendre et charnel à la fois.

C’est un drôle de corps que celui-ci, sévère et pâle rosée, déposée sur l’ovaire de la nacre comme une perle de pluie.

Vulcain peut bander, et comme on le comprend, pour cette vulve qu’un zéphyr malin tente de décoiffer, en soufflant. Vénus est là, dans sa nudité parfaite, elle est venue là, et dansent les nues de réjouissance, et le choeur de chanter :

Si l’art est jouissance

(A l’arrêt)

Et que la sève ère et ose

Sur ce verrou rose ouvert,

si le fruit délicat du pêcher peut se fendre,

Sous la pression des doigts,

Alors tout devient possible…

Or Vénus, à l’orvet nu résiste,

Alors qu’hélas Ève – hélas pour nous ! –

Céda au serpent …

Mais revenons donc aux moutons de la mer qui bercent la rive et caressent les flancs du coquillage, à ces jeux de vagues où hommes, ou thons (et autres animaux communs - comme un seul homme dit-on-) innocemment s’ébrouent,  quand les déesses ne passent pas sous les rouleaux du lavomatique

L’eau verte arrose la rive où l’arrivée de l’aveu nu, lavée, est célébrée comme il se doit : honneur d’une averse de roses, d’un peignoir à fleurs qui vole en liesse et dont Flore bientôt enlace, du volant de la toge, cette anatomie d’Ève nue.

Vulcain fait la gueule, on le comprend encore pour ce qu’il n’a pu voir, ni prendre, mais se console, sachant que la belle lui est promise.

L’avenir est à celui qui sait l’attendre, le tout étant de savoir si Vulcain  le moment venu, sera tendu.

(re)vénus - planche

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Nous attendions les Martin pour déjeuner. C’était un dimanche. Henri Martin est mon meilleur ami. Je suis complaisant. Tant que je n’aurai pas compris ce qui s’est passé, je préfère le considérer encore comme un ami. Ma femme n’est pas du même avis. "Ceux-là, nous ne sommes pas près de les revoir", a-t-elle soupiré, encore tremblante de son trouble, quand ils ont claqué la porte. Elle a dit cela très lentement, comme si elle hésitait entre la colère et la surprise, et je ne sais pas si c’était un simple constat, une satisfaction ou un regret. Peut-être bien un regret.

Les Martin ont claqué la porte, cela j’en suis sûr. Un grand Blam !, qui a dû résonner dans tout l’immeuble en remontant la cage d’escalier jusqu’au sixième. Blam ! Pas au revoir, ni merci. Rien que : Blam !

Henri a dû ouvrir la porte ; maître de lui et galant jusque dans la colère, il a laissé le passage à son épouse, Martine, et blam ! Chaque fois que je ferme cette porte, désormais, même si je la rabats doucement, j’entends encore cet échos, cette détonation de fusil dans les montagnes. Blaaammm !, en fait, qui agonise, comme l’image d’un miroir projetée dans un autre miroir, un son renvoyé de falaise en falaise jusqu’à devenir imperceptible, quoique toujours présent, lancinant, au moins dans ma tête. Cette porte ne cesse de claquer et son explosion déclinante d’accompagner le départ des Martin.

Martine, oui, Martine Martin, cela s’est trouvé ainsi lorsqu’ils se sont rencontrés. Je connaissais déjà Henri en ce temps-là. C’est peut-être la première chose qu’ils se sont dites. Je m’appelle Martine. Je m’appelle Martin. C’est étrange. Non, Martin, c’est mon nom, Henri, c’est mon prénom. Peut-être que cela lui a plu, à Martine : Martine Martin. Un échos, déjà.

Je m’appelle Eric et ma femme Hélène. Aucun point commun de ce côté là. Il me semblait pourtant que nous en avions plus que Henri et Martine, au départ. Bien sûr, maintenant, j’en suis beaucoup moins certain. Je me dis même que nos points communs sont bien moins ancrés que ceux de Martine et Henri. Pour qu’ils se comportent ainsi.

Ils avaient l’air parfaitement à l’aise, lorsqu’ils se sont présentés, à la demie de midi. Je leur avais dit d’arriver vers le quart mais ce sont des gens éduqués, ils ne viennent jamais à l’heure à déjeuner. Ils sonnent à l’heure de la maîtresse de maison, pas à celle de l’invitation. Eux aussi sont toujours en retard, quand ils reçoivent.

Je ne suis pas du genre à contempler ma garde-robe avant de choisir comment je vais m’habiller mais, ce jour-là, je me souviens parfaitement de la façon dont j’étais vêtu. Alors que je serais incapable de vous décrire ce que je portais, par exemple, à Noël, ou même lundi dernier. Il n’y avait rien de bien compliqué ou d’ostensible, dans ma tenue, ce dimanche. Je tiens à le préciser pour dire que j’étais tout de même habillé. Un pantalon en toile noir, un polo blanc avec un bouton ouvert, des chaussures de ville, noires également. Hélène avait opté pour la légèreté. J’entends, un tissu léger, pas un décolleté olé-olé ou la petite culotte qui dépasse. Une robe en coton qui descendait jusqu’aux genoux, bleu clair, absolument sans artifice.

La tenue des Martin comportait-elle une part d’artifice ? A bien y réfléchir, ce n’est pas impossible. Appuyer sur le bouton de la sonnette complètement nu doit-il être considéré comme un raffinement absolu dans le détachement normatif ou comme un j’m’en-foutisme intégral dans la préoccupation vestimentaire ? Ils étaient nus, tous les deux, et de la tête aux mollets. Aux pieds, ils avaient conservés des sandales. Pour le reste, rien, si ce n’est les poils d’Henri. Hélène n’en avait pas, nulle part, voilà ce que j’ai remarqué en premier. Je n’affirme pas que cela m’a choqué. C’était juste inattendu, sur l’instant, quasiment plus que leur nudité commune. Sans doute, dans l’image que je m’étais forgé d’eux, je les considérais déjà comme libérés de certaines convenances, en dépit de leur statut social. Je ne m’attendais pas à ce que Martine et Henri soient nus, bien entendu. Or, bizarrement, ce n’est pas ce qui m’a frappé d’entrée. En revanche, que Martine soit rasée m’a estomaqué. Je croyais que cela ne se voyait que dans les films pornos. Un préjugé, je le comprends, désormais. Y compris dans mes rêves, je n’ai jamais été jusqu’à imaginer Hélène rasée. Je ne m’étais même pas demandé ce que cela me ferait.

[…]

Extrait d’une nouvelle de Fabien Maréchal « A poil ! ».  08 - 2005, publiée  sur  annu:art

Par ap - Publié dans : (en) voie - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

On s’est jeté des regards en coin pendant des années. En coin de rue…

On se voyait généralement le matin. En route pour le boulot. Elle, blonde et svelte. Moi, semblable à moi. Sans surprise. Je la trouvais jolie. Je n’osais pas lui sourire. Je me contentais de l’espérer. J’avais le battant qui battait avant de la croiser. Après, encore plus.

J’aurais voulu rester un battant…

Las !

Quand je ne la voyais pas, ma journée me paraissait morne. C’était subitement l’hiver en été. J’avais même des glaçons en poche. Et un trou froid côté cœur. Quand je la voyais, c’était printemps en toute saison. Je me sentais pousser des bourgeons. Ou des ailes. Elle. Je refleurissais même. On était seuls au monde.

Elle et moi…

Elle bossait rue de L’Avenir. Aux NAV. Les Nouvelles Assurances-Vie. C’était moi, la fleur de nave.

On se rencontrait en principe devant le monument aux morts. Garde à nous ! Ça ne s’invente pas ! Si je ne m’étais pas retenu, j’aurais fait des bouquets tous les jours, dans les jardins de la camarde, pour fleurir celle qui me devenait nécessaire.

Faut pas rire du sentiment ! C’est du sérieux. Ça se cultive. Comme les plantes en pot. Même qu’il n’y a vraiment que ça qui ait de l’importance ! Comme la rose, chante l’autre... Mais moi, je n’ai jamais vraiment eu la baraka. Quant à Eros, c’est rose sans pot. Avec plein d’épines.

Je n’ai, pendant toutes ces années, jamais été tenté de la suivre, pour en savoir davantage sur elle. J’entretenais le mystère. Ça me suffisait. Ça me nourrissait l’âme. L’amour, c’est dans la tête que ça prend. Par les yeux. Avant de bouturer dans le cœur.

Comme je la voyais plus souvent le matin que le soir, j’ai fini par lui donner le nom d’Aurore.

J’aime bien la sonorité de ce mot. C’est doux. Comme un mot doux. C’est magique aussi. C’est à la fois lumineux et léger. Un frisson d’eau, avec ou sans mousse. Ça passe très vite, comme une vision. Un fantôme ou un fantasme. C’est pareil. Et puis, il y a toute la profondeur d’une promesse, d’un espoir qui ne peut que s’épanouir au soleil.

Quand on ignore tout de la personne que l’on désire, on finit par lui inventer une vie à la hauteur de ce désir. Ainsi, on ne risque pas de ne pas se tromper. On sait que l’on est dans l’erreur et que cette erreur est vitale. On finit donc par aimer cette erreur. C’est comme ça ! Faut faire avec. Et je faisais d’autant mieux, avec Aurore, qu’on ne demande pas au jour de vous illuminer : il le fait de lui-même, je dois dire…

Je suis timide. J’ai le caractère peu expansif. Mais quand j’aime, j’aime. Et ça se voit. Aurore, pour autant, n’a jamais changé de trottoir. Elle a dû voir quelque chose briller au fond de ces petits matins gris qui nous habillaient des mêmes voiles. Ou dans mes yeux, allez savoir !

Je me surprenais. La clef de la jeunesse éternelle, c’est l’amour. Vrai de vrai ! Il vous renvoie à l’adolescence où l’autre ne fait plus peur mais devient tolérable - voire désirable. Comme une part détachée de soi. Ainsi s’attache-t-on à l’autre. Pour mieux être soi-même. J’avais besoin de ce lien. Un cordon ombilical. Ou presque.

D’habitude, je manifestais un débordement presque pathologique qui me portait naturellement – et presque malgré moi – au devant de l’autre. Mais c’était moins pour me faire valoir que me nier davantage. J’aimais l’assurer de mon estime, sinon de mon affection. Je pressais ses mains, saluais, congratulais, au besoin, sans faire montre de quelque ferveur obséquieuse que ce fût. Je ne manifestais, simplement ainsi, qu’une présence. Elle me dispensait de mon être en le faisant disparaître dans l’enflure narcissique de l’autre qui ne comprenait pas toujours cette célébration équivoque du partage.

À chacun ses contradictions ! J’ai toujours assumé les miennes. Les confesser ne me fait pas peur. Faute avouée est à moitié…

Je n’avais pas de « moitié », être imparfait que je suis ! Je vivais seul. Tristement. Diminué de moi-même. Sans Dulcinée. Mais avec de nombreux – trop nombreux ! – moulins à vent.

En fait, je passais ma vie, comme beaucoup, à ne brasser que du vent. Et à hanter le vide d’une vie qui n’était faite que de passages. Le reste du temps, je comptais des moutons. Tandis qu’on se payait sur la laine de mon dos.

Sans doute l’amour n’existe-t-il pleinement que dans l’échange des regards, dans ce qui reste en vue, en rue, et échappe au magnétisme des corps. C’est du désir sans court-circuit charnel. Comme un besoin de pureté et d’absolu miraculeusement épargné de la tyrannie du corps.

Rétrospectivement, je me dis que nous avons voulu, pendant toutes ces années, inconsciemment sans doute, cultiver cette pureté. Non pour l’idéaliser, mais pour la vivre sans crainte de l’user. Intensément.                    

Un soir, je me suis presque heurté à elle. Elle sortait des Assurances machin. J’en manquais justement. Nous avons échangé l’excuse d’un bonsoir. Et puis, l’usage étant pris, nous nous sommes dit bonjour quand le hasard badin nous faisait croiser nos pas.

Alors, il y a eu cette connivence entre nous qui nous liait dans la complicité d’un sourire. C’était chaud. C’était bon. C’était à nous.

Et puis, elle a disparu de l’asphalte, ce rêve fait chair. Cette fleur de trottoir entrevue entre deux caniveaux. Moi le lycée, elle l’assurance. Nous n’assurions plus. Je m’inquiétais. J’étais en manque. J’avais besoin de ce soleil. Ma vie n’était plus aussi assurée que mon pas. J’avais besoin de me rassurer. Sur son sort. Sur le mien. Sur ce si peu de nous que nous partagions et qui m’échappait.[...]

Extrait  d'une nouvelle de Michel Lamart -  "Assurance-Vie"

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(import express)

…de gigantesques portiques, de grandes constructions géométriques, squelettiques, aux formes anguleuses, noires, des grues monstrueuses, se détachant contre le ciel, suspendues au-dessus de l'eau trouble du port. Ballet magistral et inquiétant de ces bras métalliques hérissés sur le bassin accompagné par le ronflement des machines, le grincement des palans  et des câbles qui coulissent débardant les marchandises à quai...


De loin, on dirait « la Bataille de San Romano » de Paolo Uccello : un faisceau de lances dressées, annonçant le fracas imminent du combat, l’entrechoquement assourdissant des armures. Les grues tournent et se croisent, vidant et remplissant le ventre des navires. Il y a quelque chose de chirurgical dans cette façon de sonder les entrailles des cargos. Le port semble une gigantesque salle d’opération pour implants et extractions…. je ne peux m’empêcher aussitôt  de penser à « la leçon d’anatomie », de Rembrandt, et puis, me laissant aller à la rêverie, à ce collage étonnant de Max Ernst, « la préparation de la colle d’os » où une jeune femme allongée est reliée par un entrelacs de tuyaux à divers récipients…Machines, corps, engins de levage, toutes ces représentations se brouillent et se confondent… Un petit bonhomme à moustache se coule dans des engrenages, des disques de couleur cisaillent le décor, une femme sans tête se tient immobile suspendue dans l’azur, une plate-forme où claquent des drapeaux, s’élève doucement emportant une étrange dépouille…

Soudain l’horizon portuaire est parcouru de corps qui glissent dans l’air gris, tombent en silence et remontent : une nuée de goélands vient faire son marché près des chalutiers qui vident leurs cales ; leurs cris perçants couvrent le cliquetis des poulies et des filins dans les matures des voiliers.

Je range mon carnet de croquis en me demandant comment faire tenir tous cela en quelques taches.

L’insouciance (fragments) - Planche sur étaton.com
Par ap - Publié dans : l'insouciance (fragments) - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Lent cortège des peupliers sur le canal. Elle tourne et retourne sept fois sa langue dans sa bouche…

Cordon dunaire blême sous la lune. La tête roule sur le coton du drap. Le corps en boule se détend façonnant un paysage plus complexe : collines et plaines sous la neige. La main tremble. Enfin juste les doigts. Soubresauts légers comme les branches d’un arbre qui frémit sous le givre.

Un bruissement imperceptible et la couverture de neige se déplace encore avec le bruit d’un craquement. Ce n’est pas la croûte qui se fend mais juste le sommier qui grince. Un grand lit, un corps couché en travers s’agite dans son sommeil. Une touffe brune ébouriffée : seule tâche de végétation visible.

Une fenêtre ouverte sur la nuit de la rue, et le carré du lit éclaire une chambre de dimensions modestes. Un miroir au-dessus du lavabo qui clignote en lettres vertes, une chaise dans un coin où sont posés, en tas, des vêtements, une table presque vide. Au sol une valise ouverte et un sac. Près du lit sur ce qui pourrait être une table de chevet un cadran affiche les pulsations rouges d’un cœur électrique. Sans bruit, le sang digital égrène les secondes.   

La montagne de drap palpite doucement. La crête se soulève aux rythme d’une vague puis, sans crier gare le paysage s’effondre de nouveau : avalanche et remous. Une jambe fait son apparition.

Arrêt sur image. Couché sur le ventre un cadavre est enseveli sous la couche molle d’un manteau blanc… […]

L’insouciance (fragments) - Planche sur étaton.com

Par ap - Publié dans : l'insouciance (fragments) - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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