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Lui - Il arrive parfois que les ondes portent jusqu’à nous autre chose que de divines figures. Par exemple  cette étonnante formule entendue un jour, à la radio, au détour d’un débat politique : « Mars et Vénus, divorcés par l’Atlantique »… On ne peut être que saisi par ce surprenant raccourci même si, je dois avouer, il m’a fallu quelques instants, pour remettre Mars et Vénus dans le contexte géopolitique et leur attribuer une identité…

Elle - Et pourtant, ça tombait pourtant sous le sens : Mars-USA et Vénus-Europe séparés par l’océan… ! Le Dieu de la Guerre et la Déesse de l’Amour…

Lui – Oui ! ……deux entités que tout oppose et qui pourtant, bon gré, mal gré, ne peuvent se passer l’une de l’autre …des amants sans alliance ….je veux dire inconstants, soudain épris de désamour, avaient clôt leurs ébats en prenant leurs distances!

Elle - Les voilà  donc séparés par une étendue respectable et neptunienne. Et que l’on ne vienne pas nous parler de la dérive des continents !

Un autre - …Depuis quand au fait, et pourquoi cette rupture ? Mars serait-il devenu trop arrogant, trop ambitieux ? Vénus aurait-elle perdu de ses charmes, aurait-elle quelque peu vieillie, prit du poids ? L’un aurait-il trompé l’autre? Qui des deux a rompu le pacte ?

Lui - En fait, l’intérêt de la formule ne réside pas  tant dans cette distribution rapide des rôles, ni dans l’évident parallèle qu’elle fait naître avec l’actualité. La métaphore semble plus sérieuse, plus fondée encore, car elle nous rappelle que l'union d'Aphrodite et d'Arès donna, entre autre, naissance à deux fils jumeaux : Deimos (la Terreur) et Phobos (la Crainte)….

Elle - L’introduction de l’Atlantique comme personnage actif (observateur, juge et médiateur de cette désunion) n’est sans doute pas, non plus, purement géographique.

Lui - … Finalement ce n’est pas l’océan comme étendue d’eau qui est ici suggéré, mais bien davantage l’évocation du modèle d’une société idéale, l’Atlantide auquel renvoie Platon dans ces deux dialogues,  le Timée et le Critias, ce dernier étant sous titré Atlantique

Une autre - Le « mythe Atlante » y est interprété comme la résultante d’un divorce entre la vertueuse Athènes des origines et la puissance impérialiste qu'elle était devenue lorsqu’elle constitua la ligue de Délos…

Lui - Comment ne pas y voir dès lors, en filigrane, les transactions commerciales et guerrières qui animent la scène internationale contemporaine…

Elle - L’actualité du mythe... Décidément, elle n’a pas fini de nous surprendre.

Une autre - Bref, le guerrier s’affirmait encore plus martial et l’amoureuse voulait la paix…

Un autre - Le cul et la chemise étaient dos à dos, et ça : c’était un scoop… !!

Lui - La seule chose certaine c’est que Vulcain qui  en a déjà vu de toutes les couleurs, s’en lave les mains.

(re)vénus - planche

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Ils sont en place. Chaque chose à sa place. Les corps, les gestes, les postures, les costumes, le décor, tout est en place. Chaque détail a été soigné, revu, et corrigé par la scripte. Chaud !… Il fait chaud sur le plateau.

Le voyant rouge qui signale, dans l’obscurité, devant, la présence de l’équipe, clignote comme un cœur qui bat au ralenti. Elle sait (sent) l’œil froid de l’objectif qui avance vers eux, lentement. L’opérateur les a prévenu qu’il commencerait « en bas à gauche sur les pieds du jeune homme… »

Sur sa droite elle voit le battement cardiaque qui s’est rapproché des jambes du jeune garçon au bras levé. Elle entend le grincement du chariot qui se déplace sur le rail de travelling. Il se trouve maintenant à hauteur des pieds du groupe de jeunes filles qui, à quelques pas devant elle, forment une ronde immobile… Dès qu’elle verra apparaître de nouveau le clignotement rouge à hauteur de la hanche de la dernière, à gauche, elle sera dans le champ. Elle retient son souffle... Ca y est!

Des pétales roses tombent, au ralenti, sur le fond bleu de l’écran.

(re)vénus - planche

 

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

La lumière est verte ou bleue. Alice est assise sous une lampe près de l’écran qui balaye son visage. De là où je suis, je ne peux pas voir si elle frappe sur le clavier avec tous ses doigts.

Penchée en avant. Une main sous le menton elle ne bouge plus. Elle fait la statue. Elle pense.

Son ombre est posée sur le mur comme un grand signe de Motherwell. Sur la table des livres un paquet de tic-tac et un appareil photo. Seuls ses yeux sont mobiles, allant et venant comme on suit un texte des yeux. Que lit-elle qui la fige ? Passe un chat mi-roux mi-blanc qui va prendre ses quartiers sur le canapé. La bouilloire siffle.

Alice regarde l’écran et puis d’un coup disparaît. Serait-elle passée de l’autre côté de l’écran ?

Non là voici qui se redresse :  elle remettait son chausson. Alice se prendrait-elle pour Cendrillon ?

Elle se lève. Son ombre au mur est bien plus grande qu’elle. En passant devant Elle se fait des oreilles de lapin et en quelques bonds passe dans la cuisine.

Dans la pièce sombre, devant le frigidaire entrouvert, Alice a un autre visage. Un que je ne lui connais pas encore. Alice choisit un œuf dur dont elle cogne la coquille sur le rebord de la porte avant de le faire rouler sur ses cuisses. « Les écailles se détachent mieux comme ça » dit elle pour elle-même (et peut-être aussi pour moi qui la regarde ). Sel et poivre et voila l’œuf avalé.

-          Dis, me dit Alice (comment sait-elle que je suis là ?), tu trouves que je ressemble à cette poupée en jean ?

-          (je n’ai pas le choix : je réponds) Tu veux dire comme Carole ?

-          Crétin !

-          !!… (j’aurais sans doute mieux fait de rester à ma place, je ne dis plus rien !)

-          Crétin !...  T’as même pas vu que c’était un Lewis ?

Bon, pour cette fois, Alice a l’avantage. D’ailleurs elle l’a toujours.

[...]


(et d'ailleurs!)

Alice joue à faire la Vénus. Elle est dans la douche. Derrière le verre dépoli des parois coulissantes elle prend la pose.

-          Tu fais une photo ?

Bien que je ne sois pas vraiment là – je veux dire en chair et en os - dans la salle de bain,  je fais semblant d’armer mon instamatic. Les doigts mimant l’appareil, je fais clic-clac.

 -          J’aime bien quand tu fais des images de moi !

J’en reste baba. Comment sait-elle que je rêve d’elle ?

(re)vénus - planche

Par ap - Publié dans : (re)venus - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

(En attendant les hirondelles ...)

 

René chéri,

Quel hasard! Quelle surprise! Alitée depuis mercredi à cause de la dernière offensive, j'avais perdu tout espoir. J'ai fait venir monsieur le curé, pour toi ou pour moi, je ne sais plus. Tes nouvelles me transportent. Quel jour sommes-nous? Je déraisonne encore. Mado a installé mon lit à la cave pour être avec les enfants. J'ai perdu toute notion du temps. La nuit qui n'en finit pas. Le froid. Je suis si fatiguée. Terreur de cette affreuse nuit, les bras rompus, les yeux consumés. C'est là, repliée sur moi-même que j'entends le souffle de ta voix dans mon cou ranimer mes rêves éteints. La radio annonce de nouveaux assauts foudroyants. J'ai si peur. Cette fois, je crains pour la ferme. J'avais tant pris soin de vider le grenier pour la nouvelle chambre. J'ai aussi coupé mes cheveux pour 9 francs. Mais, j'attends davantage de moi avant ton retour.

Ton doux visage me manque

Prends soin de toi mon amour

                                               ta femme Margot

L’insouciance (fragments) - Planche

[Une en réponse au courrier de René l’insouciance (fragment 3)]

Par Une - Publié dans : (en) voie - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

La visibilité était mauvaise. L’orage battait la campagne à grands coups de flashs. Les essuie-glaces couinaient sur le pare-brise. Il aurait du penser à changer les caoutchoucs. Penché en avant sur le volant il cherchait sa route dans la nuit. Le faisceau des phares ricochait sur l’asphalte détrempé. De temps à autre, dans les virages, les bas côtés inondés surgissaient  au passage comme de brefs clichés.
Un crépitement assourdissant martelait le toit. Il monta le son de l’auto-radio. Une voix chaleureuse s’installa après la fin du générique : « ...Selon la version la plus connue, sa mère, Gaia s'était plainte auprès de lui du traitement que lui infligeait Ouranos… Elle donna alors à Cronos une faucille de silex avec laquelle il attaqua Ouranos, lorsque celui-ci vint rejoindre Gaia, et l'émascula. Cronos lança les organes génitaux tranchés derrière lui, et les gouttes de sang donnèrent naissance aux Erinnyes, aux Géants et aux Nymphes. Ainsi Cronos régna à la place d'Ouranos … »

-          Et ben ! lâcha le conducteur en tournant son regard vers la passagère.

«  … Mais rapidement, il devint aussi brutal que son père…. shzzz…ayant été averti que l'un de ses propres enfants le détrônerait de la même façon qu'il avait, lui-même, détrôné son père, il les avalait un par un, au fur et à mesure qu'ils naissaient. Shzzz… Sa femme, Rhéa…shrzz… »

-          Zut ! C’est toujours pareil !....au moment où ça devenait intéressant !

-          … Cronos parvint à les manger tous, à l'exception de Zeus…

-          Ha ? Vous connaissez l’histoire ?

-          Oui, un souvenir de Fac… sa femme substitua une grosse pierre enveloppée de langes que Cronos dévora à sa place... Cet aspect de Cronos le relie à Saturne, le Dieu Romain à qui il fut identifié. Mais on associe à tort, le nom de Cronos à Chronos, avec un « h » qui est la personnification du Temps qui est décrit comme un vieil homme armé d'une faux. Il est vrai que la confusion est d'autant plus possible que Cronos possède aussi des attributs du temps… Attention !!!!

Le conducteur eut à peine le temps de réagir. Coup de frein brutal. La voiture fit un ou deux tours sur elle-même avant de quitter la chaussée dans un fracas des tôles.

« Shzzz… Et maintenant place au concert de jazz ! ». Le ballet des baguettes roulant sur la caisse claire entamait l’ouverture de Time Out

L’insouciance (fragments) - Planche sur étaton.com

Par ap - Publié dans : l'insouciance (fragments) - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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