« Ce jour-là, à la Villa Borghèse, je pénétrai dans l’univers du Bernin.
La lumière filtrait faiblement par la fenêtre. J’étais persuadé que l’image serait floue – le temps de pose était long et je n’étais pas autorisé à utiliser un trépied. Je concentrai mon cadrage
sur les mains de Pluton qui s’enfoncent dans la chair de Prospérine. Je me souviens d’avoir exclu l’épaule, qui me dérangeait, du champ de mon viseur. Là aussi, je ne fis qu’une image verticale,
qui aurait pu être ratée si la courbe de l’épaule n’était venue s’inscrire dans le cadrage contre mon gré et prolonger jusqu’au cou la courbe sensuelle de ce corps. Le cadrage m’avait échappé et
l’appareil, continuation de mon regard intérieur, me l’avait restitué. » Ferrante Ferranti
Ferrante Ferranti Le rapt de Prospérine, Rome, 1983
"Il y a des gens qui disent: "Que représente votre tableau? Quoi? Il y a une
pomme, c'est entendu, il y a ... je ne sais pas...Ah! : une assiette; à côté... Ces gens là ont l'air d'ignorer totalement que ce qui est entre la pomme et l'assiette se peint aussi.
Pour moi (...) le tableau est fini quand l'idée a disparu. Pour peindre on part d'une idée motrice. Tout se passe dans la tête avant de se passer sous les yeux. C'est une idée qui se manifeste
n'est-ce pas? Mais, en cours d'exécution, le tableau s'affirme. Il y a lutte entre l'idée -c'est à dire la tableau préconçu- et le tableau qui se défend lui-même. Il m'est arrivé de constater une
chose: en faisant le tableau je m'arrêtais -ni satisfait, ni mécontent d'ailleurs- je mettais ce tableau de côté, et six mois après, en le regardant, je trouvais que ce tableau était terminé: il
s'était fait tout seul!"
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