« Derrière ma fenêtre, à quelque trois cents mètres, la forme vert sombre d’un bouquet d’arbres,
montagne de feuilles et de branches qui chancelle et menace de s’effondrer. Une foule de hêtres, bouleaux, trembles et frênes, tous ramassés sur une petite butte, leurs cimes confondues en une
même masse liquide, échine de mer convulsée. Le vent les secoue et les fouette jusqu’à les faire hurler. Les arbres se tordent, plient, se redressent à grand fracas, s’étirent comme s’ils
songeaient à se déraciner, à s’enfuir. Non, ils ne cèdent pas. Douleur des racines et des feuillages rompus, féroce ténacité végétale non moins puissante que celle des animaux et des
hommes. Si ces arbres-là se mettaient en marche, ils détruiraient tout sur leur passage. Ils préfèrent rester là où ils sont : ils ils n’ont pas de sang ou de nerfs mais de la sève, et ce
n’est pas la colère ou la peur mais une obstination silencieuse qui les habite. Les animaux fuient ou attaquent, les arbres demeurent cloués en leur lieu et place. Patience : héroïsme
végétal. »
Octavio Paz, Le singe grammairien, « Les sentiers de la création », Albert Skira Editeur,
1972 - P.11
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« Au déjeuner (et tandis qu’accroupi près de nous, le jardinier repique indéfiniment le gazon que, tout
à l’heure, nous piétinerons à nouveau. Patience sans revers des gens d’ici : au moins travaillent-ils le buste droit, et non l’échine courbée vers la terre), V. nous raconte l’histoire de
son grand père qui, dégoûté du tour qu’avait pris le monde, refusa, dans les vingt-cinq dernières années de sa vie, de sortir de chez lui. Devenu sourd, il ne communiquait plus avec son entourage
que par signes, gestes ou billets. Chaque fois qu’il avait à lui demander quelque chose – fût-ce, à table, un couteau ou un verre – V. lui faisait passer un dessin. »
Hubert Damisch "La fenêtre jaune cadmium (ou les dessous de la peinture),"
Editions Seuil, 1984, P183-184
Crayon sur papier, 1996
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ce n’est pas la nuit
mais une lame
déferlant
sur l’échine souple
des collines
luisantes écailles
les buissons ourlent
sous l’écheveau
d’écume saccadée
que tord la touche nerveuse
un flux qui tournoie
emportant la voie
d’un revers
et tous les lampions du ciel
dans un déluge soudain
ce n’est plus la nuit
mais une vague qui brasse la voûte
agitant le bleu
secouant la cime
d’un obscur flambeau
la rage du mistral
et là-dessous
tapit dans la plaine
un monde miniature
couve et veille ses craintes
Notes depuis (sur d’une toile de Vincent Van Gogh), Aix
1987
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Van Gogh and the colours of the night
Van Gogh Museum, Amsterdam
Exposition du 27 février au 9 juin 2009
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