(Gouache - 10.09, Chaumont)
(Julie Faure-Brac)
Il s’est trainé dans les hautes herbes qui se confondaient avec sa toison. Il a reniflé la terre, remué les feuilles humides, enfouit son museau dans l’humus, creusé son trou. Il est là, maintenant à quatre pattes la gueule prise dans le reflet de la marre où il vient s’abreuver. Elle regarde en silence l’animal au corps blanc siroter le jus noir.
Rien, du regard clair et de la silhouette frêle de Julie Faure-Brac, ne laisse soupçonner l’univers à la lisière duquel elle évolue. Celui-ci est fantasque, sinon fantastique. C’est un monde inquiétant et troublant où rôdent et déambulent des figures sans âge, des personnages grotesques, qui errent ou s’affairent dans une nature sauvage et intemporelle, un monde surnaturel parfois hostile et parfois drôle.
Êtres Hybrides peuplant des terres dévastées, des forêts profondes, des talus herbeux et des ravins désolés, mangeurs de bois, buveurs de lait rance coulé des arbres, acrobates de branches, réfugiés des terriers, figures mutantes d’un passé prochain, d’un futur recomposé, ces figures primitives et nues sont pourtant, par bien des aspects, nos semblables. Perdues, menacées, menaçantes, égarées, décalées elles chutent, décollent, dansent. Leurs membres sont élastiques et réversibles, leurs figures hirsutes.
Les différents médiums qu’utilise Julie Faure-Brac (photo, dessin, sculpture, vidéo), malgré l’hétérogénéité apparente des effets plastiques, construisent pourtant un dispositif homogène dont le liant est la fiction. Plusieurs éléments et notions s’y font écho (matières, personnages, environnements, symboles…) produisant une série de réseaux et de territoires où chaque partie vient trouver sa place.
Ses gravures et ses dessins, de petits ou moyens formats, sont tracés de lignes fragiles, mais fouillées, qui puisent leur inspiration autant du côté de la bande dessinée que dans les sombres eaux-fortes de Goya. Le sol ou l’air fourmille de virgules noires régulières qui se cristallisent ou s’aimantent pour former paquets, végétation sommaire, fourrure et poils. L’imaginaire qu’elle y tisse est nourrit aussi bien de souvenirs de contes que des lectures de Georges Bataille et bien entendu de Samuel Beckett.
Peut-on cependant vraiment parler d’une mythologie personnelle en ce sens que tout y est, par définition même, hybridation culturelle. Entre paradis perdu et paysage désolé d’une après-catastrophe, ce paysage est un décor minimum, une scène sommaire où se joue l’absurde. Les sculptures, mi-animales mi-humaines, s’inscrivent ainsi dans une longue tradition du monstrueux et du merveilleux qui peuplent les mythes de tout temps Divinités archaïques de la Mésopotamie, des Amériques (du sud au nord) et de l’Afrique, satires ou sirènes, gorgones ou centaures, gargouilles et chimères : figures des métamorphoses.
Si ces êtres nous ressemblent parfois, c’est bien davantage par leurs comportements que par leur apparence (quoique!), ils incarnent des archétypes de l’humanité par leur sauvagerie, leurs archaïsmes, leurs rites. Certains vivent seuls, terrés dans une motte de poils, d’autres s’agitent en bandes ou vivent en colonies sur les flancs d’un cratère sans fond. Ils bâtissent d’improbables demeures pour pouvoir tourner autour, ou danser aux sommets des terrasses. Ils regardent aussi pleuvoir les pierres et parfois tombent comme des feuilles. Souvent ils ne font rien.
Ils nous ressemblent surtout par l’expression animale de nos désirs ou de nos instincts. Équivoques ou ambigus à souhait, ce sont nos doubles qui remuent et se déchainent dans ces corps patauds secoués sans fin de tremblements.
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Julie Faure-Brac I Monde Poilu
Exposition du 05 /11 au 25 /11
Centre IUFM de Chaumont
Amanda Forbis, Wendy Tilby - When the Day
Breaks,1999
(Musique : Judith Gruber-Stitzer)
(12 .11.10. 09 - Colombey)
vincent cordebard
mémorial charles de gaulle
colombey les deux églises
13 octobre au 31 décembre 2009
> voir aussi le témoignage de Hans Muller
(Vincent Cordebard)
figer le mouvement d’un corps balancé au fond d’une fosse décomposer en une succession d’images fixes quelques plans de films réalisés pour rendre compte de l’innommable stopper la chute retenir effaré la beauté d’un visage mutilé figer le mouvement d’un visage sans fin masque carcasses au fond d’une fosse stopper la chute retenir effaré la beauté décomposer en une succession d’images l’innommable repasser en boucle le balancement du cadavre écartelé secoué l’os sous la chair la douceur du regard masquant la douleur de l’innommable stopper la chute le pas de danse et l’écart en boucle le balancement d’un corps au fond d’une fosse retenir effaré la beauté l’os sur la chair la douceur du regard stopper la chute sans fin des jours et des nuits du froid ongles rognés carcasses sur la paillasse en une succession le corps la fosse au fond et l’écart en boucle d’un masque serein malgré la douleur encore effaré par l’innommable la beauté balancée stoppée sans fin rendre compte de l’innommable de l’os dans la douceur de la chair mutilée mis à jour dans la fosse figer pour retenir l’insaisissable cocher les jours comme les corps sans fin la beauté mutilée et le visage décomposé repasser en boucle le corps effaré compter les jours les fosses les nuits les ongles le froid de la chute en quelques plans décomposés
le dénombrement des corps
2004-2009
vincent cordebard
mémorial charles de gaulle
colombey les deux églises
13 octobre au 31 décembre 2009


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