photographie

2 – L’usine à Bastos (présentation)

 

Le texte est, selon Milagros Ezquerro, « depuis les inscriptions lapidaires jusqu’aux slogans publicitaires en passant par les formes orales […] tout ce qui relève de la pratique signifiante dont le matériau est la langue.»

Eric Courthes - Introduction de son étude (format.pdf) sur l’écrivain paraguayen Roa Bastos

***

 

 

L’usine à Bastos n’est pas tout à fait un livre, ni tout à fait un catalogue, absolument pas une plaquette, encore moins une brochure, vraiment pas un recueil… Même si, dans sa forme, cahier de pages reliées, il en a l’allure, son contenu ne correspond à rien de tout cela.

 
Christian Gattinoni, dans un article intitulé « Le travail alchimique de la forge d'image »décrit ainsi le dispositif : « Cette multiplication des approches s'inscrit dans les nouvelles formes de reportage plasticien comme celles pratiquées par Didier Vivien pour la fermeture des espaces miniers. Le prototype critique et humoristique en est L'usine à Bastos de Pascal Kern. L'ensemble de la série, photographies, objets et documents racontait le fonctionnement réaliste d'une usine imaginaire.»

 

A première vue (lecture), il s’agit d’une sorte de compilation de matériaux hétérogènes présentant sans hiérarchie de genre des gravures, des jeux typographiques, des reproductions photographiques et d’encarts publicitaires et des textes.


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Un sous titre (disposé en chapeau !), dès la couverture annonce la couleur, si l’on peut dire : Fiction à façon ou à forfait ».

Si l’on peut donc entendre qu’il s’agit là d’un récit à (ma) façon, c'est-à-dire : soit à sa manière (à sa guise), soit fabriqué (façonné), le second terme posé en équivalence (à forfait) reste plus obscur car il nous fait hésiter entre l’idée de forfaiture (crime), et celle du renoncement.

Mais comment comprendre ici le mot fiction ?

Selon le Petit Robert, le mot fiction (lat.fictio -> feindre) signifie mensonge ou constructrion de l'imagination, création d'un récit littéraire qui consste à supposer un fait ou une situation  différente de la réalité dont elle s'inspire...

Donc nous voilà déjà égaré entre le probable et l’improbable, puisque toute fiction est un récit imaginaire.

On remarquera d’ailleurs que le titre L’usine à Bastos, répété à plusieurs reprises, y compris dans les textes, insiste sur la préposition à, sans indiquer pour autant s’il s’agit d’un complément d’objet (appartenant à), d’un rapport de position (lieu), ou encore d’une manière d’être ou d’agir (avec).

 

C’est donc plutôt à une usine de tabac, portant précisément le nom de son propriétaire, Juan Bastos, que l’on pense tout de suite, d’autant que le monogramme JB est présent dans l’une des illustrations.


Seulement voilà, cette usine, ou celle pouvant correspondre à l’époque suggérée, indiquée à diverses reprises dans le cahier de Pascal Kern par des dates (1889 ou 1900), se trouvait à Oran (au Maroc) et non à Paris.

On n’aurait donc pu penser à Bastos comme Ville, ou comme lieu dit, mais là encore, c’est très loin à l’étranger (Brésil, Cameroun…) qu’il faudrait se rendre et d'ailleurs, dans ces villes, point de manufacture de tabac.

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Pourtant, sur l’une des pages du cahier, on peut apercevoir, imprimé en bleu, en arrière fond d’un texte, la représentation de bâtiments qui ressemblent, dans l’organisation spatiale, à celle de cette manufacture de tabac, datant environ de 1911, et qui se trouve au Luxembourg.


Il y a donc bien une intention délibérée (affichée) d’entretenir une confusion spatiale, confirmant dans cette stratification de signes, une volonté de fiction, voire de mystification.

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Le sommaire (ou l’index ? Allez savoir… !), astucieusement appelé extrait du catalogue, indique de soi-disant rubriques, dont certaines, ne semblent pourtant pas être présentes dans les pages qui suivent. Ici encore l'exeption infirme la règle.

Pour asseoir ce dispositif, Kern multiplie les indices d’incohérence (textes, images), tout en mimant les mises en page de planches d’époque.

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En un sens, tous ces éléments graphiques sont utilisés à bon escient (dans l'ordre et dans les règles) mais l’ensemble ne correspond à aucune réalité tangible (désordre, dérèglement...) : nous sommes donc devant un principe parodique qui réclamera toute notre attention pour y desceller l’absurde et l’humour.

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Ce court texte, intitulé « le vol de la cigogne » en est l’illustration parfaite. Relatant un phénomène bien connu, celui de la migration de cet oiseau africain (totem d’Alsace, dont est originaire P.Kern), il opte pour un récit presque anachronique lui conférant un caractère énigmatique, voire surréaliste.


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L'interlude de ce carton (publicitaire et cinématographique) venant justement nous rappeler la dimension narrative, avec en plus de l'humour implicte, l'utilisation du langage populaire (dont nous reparleront bientôt).

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Ici, contre temps du récit puisque ça finit où tout commence. Trois temps pour chaque action et personnages (Louise, la scène de mariage et Léon) qui créent un effet de boucle. Déconstruction de la réalité chronologique : réalité de la fiction !

On note au passage la présence « du petit paquet bleu sur lequel on distingue des écritures noires et des reflets dorés. » qui confirme la référence à la marque de cigarettes.

En lisant cette scène de noce elle aussi totalement surréaliste (on dirait un extrait du film de René Clair « A nous la liberté » ou encore le mariage qui débute le film de Jean Vigo "l'Atalante") je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le travail de Vincent Cordebard intitulé « Les Grandes Noces », peut-être parce que j’y retrouve le même jeu décalé sur les représentations, le même principe de mise à distance du sujet : un clin d’œil entendu.

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Machines, usines et reproductions, l’imprimerie est ce lieu où s’élaborent les fictions par les livres, les affiches, les revues…. Ainsi toutes les impressions sont fictionnelles, la transposition des signes par la gravure, la photolithographie, ou la typographie, sont avant tout des espaces de pure invention. L’homme manœuvre la machine qu manœuvre l’homme. ce qui s’écrit ou s’imprime relève d’un passage qui permet la distance entre ce qui est et ce que l’on veut croire. Lire des livres : délires et dérives mais délivre des rives (parle-t-on ici du papier ?) livrées.

 

En effet : Comment délivrés des livrées de l’un primeront les autres ? Et comment les délires dérivés s’imprimeront ?

(Au fait, qu’elle est votre impression ?)

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Ici sous un titre inattendu R. Cabaret se trouve la description d’une ruine ou, pour être plus précis, , d’un lieu à l’abandon. Cette déambulation dans les vestiges de ce qui fût un espace de production industrielle est au sens propre et figuré un des moments de la démarche de Pascal Kern.

 

Chaque bloc de texte est une avancée dans le lieu, une succession d’images qui ne mettent pas seulement l’œil à contribution. Tous les sens y sont mobilisés de l’odorat au toucher en passant par l’ouie. L’état des matériaux, y est noté avec soin mais, Kern utilise souvent des comparaisons, et des métaphores faisant basculer l’ordinaire de cet espace vers l’extraordinaire, le changement d’échelle et les jeux de lumière aidant.

 

Immersion progressive du corps du visiteur qui, de pas en paliers, nous conduit de la porte d’entrée aux fins fonds du lieu (j’allais dire aux tréfonds) vers les entrailles de cette usine désaffectée où gisent des colosses mécaniques d’une forge Vulcanienne. La charge du temps est là, dans mémoire pétrifiée des gestes passés, dans l’immobilité glauque de cette caverne que balaye le faisceau d’une lampe, dans la fragilité matérielle des objets livrés à une lente décomposition.

(pour voir, fumez les images depuis votre navigateur temps*)

J’ai repensé en lisant ces lignes à l’étonnante séquence du film « Fellini Roma » où, au cours de travaux sous terrains effectués dans la ville, des archéologues pénètrent dans d’anciennes catacombes décorées de peintures paléochrétiennes. A peine ont-ils eut le temps de les voir que les pigments, jusque là restés intacts (à l’abri de l’air ou de la lumière ?) s’évanouissent sous le regard impuissant des scientifiques.

 

Ce spectacle troublant d’une disparition en temps réel (tout au moins dans la fiction du film de Fellini) est à la mesure, toutes proportions gardées, de la disparition de ces grandes cathédrales des temps modernes que furent les fabriques et les manufactures du 19e.

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Plus on avance dans cet objet-fictionnel, apparemment éclectique ou absurde, qu’est ce cahier intitulé « L’usine à Bastos », plus les signes font surface, s’agrègent. Les textes brassant les mythes (ou les légendes) aux récits populaires jusqu’au simple constat, charrient un lot de particules qui condensent le temps présent et le temps passé, dans un aller-retour permanent entre les différentes strates des images et des mots.

(pour voir, assaisonnez les images depuis votre navigateur rural*)
 
 

L’usine à Bastos n’est pas un lieu précis, mais une métaphore, un espace rêvé, couvrant une période historique interrogée aussi bien d’un point de vue esthétique que politique (ici au sens de citoyen), sans que cela soit un devoir de mémoire.

 

Comme le disait Umberto Eco, « Un bon titre doit embrouiller les idées, non les embrigader »

[...]

ps: toutes ces images de l'Usine à Bastos sont déposées à l'adresse suivante [http://www.leplus-et-muller.com], par les bons soins de Re-né Leplus, alias Vincent Cordebard.

 
 
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2 / Témoignages
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J’ai donc appris, la semaine dernière, par un e-mail de Vincent, la disparition de Pascal Kern.
Pascal Kern  vient de mourir.
> Message du 25/05/07 13:36

Je me souviens du premier jour.
La cour grise d’une gare un soir de juin et cette chemise hawaïenne rivalisant de lumière avec des sandalettes en plastique orange. (J’ai appris depuis qu’on appelait ça des méduses). Il était de passage. Nous présentions dans un collège quelques «Fictions colorées» empruntées pour la circonstances au Frac de Champagne Ardenne.

Plus tard, nous avons longuement suivi la Blaise. Sommevoire recélait un « Paradis ». Nous roulions vers «l’ Eternité heureuse ». L’idée était celle d’une exposition et d’un catalogue. Rousse et Faucon étaient de l’aventure. Jean Michel Michéléna du voyage. : «Angelots, femmes nues, lutteurs, orientales, zouaves, porteurs d'eau, cerfs, lions, chevaux, dauphins, biches, sangliers, Triomphe de la République …».

Nous nous sommes revus l’année suivante pour " la Couleur du temps ".
La commande venait cette fois du FRAC. Cela fait presque jour pour jour 20 ans.

Je me souviens d’un autre voyage le long de la Blaise. Un dimanche sibérien comme notre région peut parfois en donner. La cause était cette fois la manœuvre annuelle départementale des pompiers. On devait incendier et sans doute apprendre à éteindre une réserve de matrices industrielles du début du siècles. Nous devions passer avant le grand incendie.

Je me souviens que nous avons passé notre après midi à encastrer d’énormes pièces de bois gelées à cœur entre les parois étroites d’un minibus orange ; celui de nos années hippies, mais sans les fleurs. Les filles étant au chaud devant une tisane. Le camion avait immédiatement gelé de l’intérieur. Si bien que les habitants de l’Ourcq ont pu , un temps, observer cet étrange phénomène d’un camion givré malgré la douceur de l’air parisien. Tony Cragg était passé quelques jours après. J’ai toujours rêvé de pouvoir réunir leurs travaux. Peut-être un jour en retrouverai-je la force.

Les années qui ont suivi furent faites de brefs échanges (La vie, les enfants, la vie) et de quelques rencontres près de cette vallée qui nous avait réunis. Elles furent heureuses et gastronomiques. Une fois c’était «Tchernobyl» : Il revenait d’Alsace. Farniente et bain de soleil. Sans le nuage.

En novembre un appel. Pour m’entretenir d’un projet qu’il voulait commun. Je sortais d’un n-ième séjour difficile à l’hopital. La banalité d’une vie de greffé. Nous avons dû différer.
La rencontre s’est faite un dimanche de février où l’hiver se prenait pour l’été.
Il ne manquait que les sandalettes oranges.

La conversation a repris là où nous l’avions laissée. Autour d’un gigot au miel et de quelques vins somptueux.

Je me souviens d’un géant disparaissant par la porte d’une gare de province…

Aujourd’hui, dehors est lumière, mais il pleut une putain de pluie sur mon écran.

Vincent Cordebard
Alias Vincent Leplus

Plus qu’un e-mail, c’était un témoignage que j’ai tenu ici à citer, tant il me semble que ce portrait, pris dans la parenthèse du temps, correspond à ce que j’ai pu entrevoir de ce géant, carré sur un siège en plastique de jardin à Chaumont.

De cette discussion improvisée il ne me reste surtout une chose, c’est la question des encadrements, que Pascal Kern prenait visiblement un soin jaloux à réaliser pour présenter ses photographies, chose qui en soi peut sembler dérisoire, mais qui, si on le met en relation avec les objets présents dans les images, ne l’est pas tant que ça.

Un cadre, en acier brossé, en plomb ou en bois était pour lui une façon d’interroger, aux frontières de l’image, la matérialité absente dans le cliché : une sorte d’écho, si l’on veut, voire de contradiction entre ce qui était représenté et l’écrin qui enfermait ses photographies, faisant de l’ensemble non pas une image, mais un objet.

[...]

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J’ai rencontré le travail photographique de Pascal Kern dans les années 1980, en feuilletant une revue d’art. On y voyait, si mes souvenirs sont bons, les « fictions colorées » (reproduites en noir et blanc dans la revue!!). Les œuvres de Bernard Faucon Tom Drahos et Georges Rousse y étaient également citées. Il s’agissait, alors, de redéfinir une nouvelle approche de la photographie qui, pour dire rapidement les choses, mêlait les genres et échappait à l’idée de la seule prise de vue comme «constat (objectif) du réel».

1/ Fictions colorées

110206-barleduc.jpg

Pascal Kern « Fictions colorées »

Le travail sur les « fictions colorées », (titre générique) m’ intéressait surtout pour deux raisons : d’une part il interrogeait la mise en scène d’objets (pièces issues d’atelier de fonderies) posant directement la question de la nature morte (sujet qui me préoccupait), avec tout ce que pouvait avoir d’ambiguïté ces deux termes accolés (nature et morte) pour ces objets, et d’autre part, questionnait la mise à distance du sujet photographié par le jeu de la peinture recouvrant ces objets, ou, dans d’autres cas, par l’utilisation du principe du double (moule - moulage, réalité - fiction…).

110206-barleduc.jpgPascal Kern – « Fictions Colorées », Diptyque, 1985 – sources RMN

Ce travail de Pascal Kern correspondait donc, pour moi, à une réinterprétation contemporaine, par le geste photographique, de ce que la peinture a toujours interrogé et interroge encore, à savoir les questions de la représentation. Ainsi, très souvent, la présence d’un plâtre, dans ces compositions picturales, indique à la fois le rapport au modèle académique (au canon) tout en faisant valoir le savoir faire réaliste de ces artistes.

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Vallayer Coster Anne, (1744-1818) « Attributs du peintre et de l’architecte » - sources RMN

On retrouve d’ailleurs la permanence de ce motif dans les photographies de la fin du 19e siècle, plus par imitation d’un sujet classique de la peinture que par réelle nécessité de faire preuve de virtuosité.

110206-barleduc.jpgAdolphe Bilordeaux, « Nature morte avec l’aurore de Michel Ange », 1855 – sources BNF

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Louis Emile Durandelle « Photographie de modèles en plâtre -Opéra de Paris- ,1870 – sources BNF

En fait, dès les débuts de la photographie, et pour des raisons très compréhensibles de temps de prise de vue qui était relativement longs, les photographes (Bayard, Daguerre…) avaient souvent recours aux objets ; la composition (arrangement), lorsqu’elle existait, étant davantage un supplément d’âme à l’image réalisée.

C’est pourtant dès cette époque que la photographie a été perçue par certains peintres (surtout ceux liés à l’Académisme) comme une concurrente potentielle.


110206-barleduc.jpgHippolyte Bayard (1839-40) – sources RMN

 

Dans les travaux des « fictions colorées » de Pascal Kern, ce sont précisément ces indices (ou signes), qui sont prélevés, soupesés, interrogés et réintroduits dans le processus de création sous un double angle historique et esthétique, cherchant à dépasser les idées reçues, balayant les poncifs qui ont trop longtemps été à l’origine de l’écriture de l’histoire de l’art moderne et contemporain.

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Pascal Kern – « Fictions Colorées »

 

Dans cette photographie, par exemple, il semble évident, si l’on y prête attention que l’organisation spatiale frontale (sol/mur), que le choix des objets (bustes en plâtre poêle, clous), que le jeux chromatique (effet de sépia – rouille, poussière - et pigmentation colorée très vive des clous sortant du tiroir du poêle), que le redoublement de certains motifs (la vénus de Milo répétée à différentes échelles) sont autant de preuves de cette confrontation amusée entre un héritage convenu (codes, valeurs, modèles…) et une conception plus actuelle (photographie, installations…), toutes deux revenant en réalité à la même question, celle de la re-présentation ou de l’illusoire, soit entre autre, la définition d’une vanité.

 

Le choix des objets retenus souligne donc particulièrement ce processus réplique (moule / moulage), avec la dimension historique évidente que l’on vient de pointer.

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Le Paradis de Sommevoire

On sait, par ailleurs, que ces modèles en plâtre, utilisés dans l’industrie des fonderies d’art depuis le 17e siècle (comme on peut encore à voir par exemple au musée du Paradis de Sommevoire) marquent bien, en creux, la référence au principe de en reproduction série, voire, si l’on veut bien creuser davantage cette question, l’idée de reproduction tout court, qui fonde en grande partie toute l’histoire de l’art et ce depuis l’antiquité (les statues hellénistiques que nous connaissons aujourd’hui seraient en grande partie des copies romaines…)

 

Enfin, et cela n’est peut-être pas sans rapport, l’invention de la photographie, qui elle aussi permet la reproduction d’images, coïncide avec l’apogée de cette industrie.

Pendant toutes ces années, j’ai souvent pensé à ce travail, en suivant régulièrement son évolution.

Les hasards de la vie auraient pu me faire croiser Pascal Kern en 1982 au salon de la Jeune Sculpture, où j’exposais moi-même en 1987, devant l’un de ses objets qui m’évoquait un bas relief de Louise Nevelson,… Pourtant, c’est en Haute-Marne, au printemps 2005, à l’ombre d’une glycine, chez Vincent Cordebard, que je l’ai rencontré pour la première et dernière fois.

C’est un autre hasard qui m’a poussé, toujours chez mon ami Vincent, il y a trois semaines, à soulever le couvercle d’une boite de papier photo où ce trouvait un petit livre étrangement intitulé « L’usine à Bastos » signé Pascal Kern.

[…]

 

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