Ses nuits sont des suspens où la figure, à bout de bras retenue, bascule.
Le corps se déplie au rythme de l’horloge, l’image miroir de ses instants témoigne.
Les diodes décomptent la nuit, mesurent l'insomnie ou arbitrent les rêves : draps froissés et papier glacé des magazines - contrepoints de la figure captive -, résonance des mots en marge
des corps, silhouettes exactes ou vibrations ; ici, l’arête d'un nez ou d'un coussin de lèvres, là, l’échancrure d’une épaule que l’ombre préserve.
L’œil, invité au contact, effleure le grain de peau, croise l’encre des lettres noires, se perd dans les
creux d’un tissu-paysage.
Voici, à la lisière du désir, la douceur troublante de ces portraits intimes.
(A regarder sur Undo.Net. ainsi que Le Corbeau de Ericailcane. Films d’animations présentés à l’occasion de la Mostra Drawings in action.
Disegni animati dall'Italia. Centro Pecci di Prato, 2008.)
Un jour, un messager, pénétrant dans un cabaret, vint trouver Franz Hals pour l’avertir qu’un étranger
l’attendait dans son atelier et qu’il souhaitait que le peintre fasse son portrait. Hals qui se tenait, dit-on, toujours à la disposition de sa clientèle, accepta.
"L’étranger dit à Hals qu’il n’a que deux heures à lui donner. Le peintre prend la première toile venue, arrange sa palette assez mal et
commence à peindre. Peu de temps après, il prie le modèle de se lever pour voir ce qu’il a fait. L’homme parait content de la copie et, après avoir causé sur des choses indifférentes, lui dit que
la peinture lui semble assez aisée et qu’il veut, à son tour, essayer. Il prend une autre toile et prie Hals de se mettre à la place qu’il venait de quitter. Celui-ci, quoique surpris, ne tarde
pas à s’apercevoir qu’il a affaire à quelqu’un qui connaît la palette et son usage. Peu de temps après, l’étranger le prie de se lever à son tour. Quelle fut sa surprise : « Vous êtes
Van Dyck ! s’écrie-t-il en l’embrassant. Il n’y a que lui qui puisse faire ce que vous avez fait. » Van Dyck voulu l’engager à le suivre en Angleterre. Il lui promit une fortune, bien
au-dessus de son état, qui était assez misérable. Il ne put rien gagner. Abruti par le vin, Hals répondit qu’il était heureux et qu’il ne désirait pas de meilleur sort. Ils se séparèrent avec
regret. Dyck fit enlever son portrait que Hals venait de faire, après avoir répandu dans les mains des enfants quelques guinées que le père prit à son tour pour les répandre dans les
guinguettes."
Extrait de Vies des peintres de Jean-Baptiste Descamps (1753), au sujet de l’exposition Van Dyck qui se tient au Musée André Jacquemart.
"...C’est d’abord leur travail que l’on a
séquestré On les met sur la paille cohortes oubliées... Le jeune qu’on a poussé, les vieux qu’ont pas tenu Tous ceux qui ont le coeur cassé, tous ceux qui en ont plein le cul..."
Claude Ogiz, extrait de Danser sur le fil
« C’était hier, l’âge d’or de la chanson.
Il fallait avoir de solides épaules pour se frayer un chemin parmi les grands. Claude Ogiz avait la
carrure, l’impertinence et la fraîcheur de la jeunesse. Le regard profond et une abondante pilosité faciale l’apparentaient à un prêtre du rite oriental communément appelé pope.
La musique pop innombrait ses adeptes. Le rock balançait ses décibels sur la planète. Ogiz écrivait et
chantait Les banlieues de l’Univers et La petite mère du marché de Bourg. Une personnalité, un style partagé entre fantaisie et gravité, la colère sourde et contenue des minoritaires... Ce
Péloquin des neiges à plumes de tendresse clamait son indignation et dérangeait par la verdeur de son propos quand la passion de la musique se confondait avec celle de l’amour.
Le temps a passé. Au fil des ans, notre homme a découvert celui du rasoir, mais au fond, il n’a guère
changé. Dansson étui, la guitare muette gardait le ton du reproche... Sous la pression conjuguée du remords, de sa compagne et de quelques amis, il a consenti à sortir du silence, à renouer
avec une admirable appréhension: le trac. Les épreuves de l’existence lui ont apporté la maturité et le charisme des êtres qui s’accomplissent dans la fidélité à leurs convictions. Les mots
ont repris les couleurs de l’aventure pour habiller des textesd’une surprenante beauté. La musique a retrouvé son souffle et sa ferveur.
Claude Ogiz nous revient avec la force du chêne et la sensibilité du roseau. Il nous
faut l’écouter parce qu’il a le talent, la générosité et l’authenticité des artistes véritables. Il nous faut l’écouter parce qu’il nous offre notre propre image, unique et multiple à la
fois, intense et fragile comme la vie, tout simplement. » Jean Dufour, 2005
***
(Il y a quelques mois, au détour d’un message - via ce blog -, je rencontrais Claude Ogiz. La maquette
de son disque était en préparation. Claude cherchait alors une image pour l’illustration de la pochette. J’e lui en ai proposé une ou deux puis, de fils en aiguilles, ayant écouté les
autres chansons de la maquette, il m'est venu l'envie de lui en offrir d'autres. Cela c’est fait très simplement. Son disque est là, et je suis heureux d’ y avoir participé, même de façon
modeste.)